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Amérique Latine

Un réseau de télécentres en Araucanie (Chili)

Interview de Manuel Morales (Univ. de la Frontera, Temuco - Chile), coordinateur du réseau de télécentres
Interview réalisé le 12 janvier 2006 à Cieneguilla (Lima-Pérou)

Manuel Morales (Univ. de la Frontera, Temuco - Chile)

Q : Bonjour Manuel, peux-tu nous présenter le réseau des télécentres d’Araucanie et tes responsabilités au sein de ce projet ?

Je m’appelle Manuel Morales, je suis professeur à l’Institut d’Informatique Educative de l’Universidad de la Frontera à Temuco. Mon rôle principal est d’être le coordinateur d’un réseau de 32 télécentres, situés dans la Région d’Araucanie au Chili. Actuellement, nous avons 32 télécentres, mais nous avons commencé en 1997 avec seulement 2 télécentres. L’un basé dans une petite localité, à 50 km de Temuco, la capitale régionale, et l’autre situé dans cette capitale. Nous établissons des conventions avec les communes et nos télécentres s’installent dans des locaux qu’elles mettent à disposition : bibliothèque, organisation communautaire, office de tourisme, ou à l’intérieur même de la mairie. Dans la petite localité, le télécentre a fonctionné super bien, les résultats on été spectaculaires, tous les objectifs fixés pour cette première étape ont été atteints. Mais dans la capitale régionale, cela n’a pas marché. Aussi, nous avons mené une recherche pour comprendre pourquoi dans telle localité cela fonctionnait et pas dans l’autre.

Selon les leçons que nous avons pu tirer de cette étude, sont très important pour la réussite du projet :

  • 1.L’engagement de la municipalité,
  • 2.La personnalité de l’animateur responsable du télécentre,
  • 3.Le fait que la communauté soit sensibilisée et attentive à ce qui se déroule.

Ces 3 critères n’ont pas été remplis à Temuco.Du fait de la taille de la Ville, le maire ne s’est pas senti très concerné, ce n’était qu’un service de plus, il ne lui a pas accordé l’importance nécessaire. L’animateur était un fonctionnaire municipal peu intéressé par le sujet, et troisièmement, dans les grandes villes, il est plus difficile de construire des réseaux.

Aussi, notre première expérience a été un demi-succès ; dans la petite localité, lemaire s’est fortement impliqué dans le projet, les équipes municipales ont été impliquées et la communauté d’habitants avait à coeur que le projet aboutisse.

Q : Quels étaient les objectifs de ce projet lors de son lancement ? Comment cela a-t-il évolué aujourd’hui ?

L’objectif fondamental de ce projet était l’information. Ces télécentres étaient particuliers, puisque qu’en 1997 ils ne comportaient qu’un seul ordinateur et la personne en charge de ce lieu effectuait les opérations et les consultations pour les personnes. Lorsqu’une personne avait besoin d’une information, elle se présentait au bureau,expliquait ce qu’elle voulait et l’opérateur faisait la recherche pour elle. L’idée était de recueillir quels étaient les besoins d’information des gens et de pouvoir réponse à ces besoins par une information pertinente. Et bien sûr, donner accès à cette technologie qui permettait de ne pas avoir à se déplacer à Temuco, et d’éviter une série de contre-temps. C’était cela l’objectif fondamental pour commencer.

Dans la seconde étape, les objectifs ont évolué. Le scénario était bien différent, il ne s’agissaitt plus d’un seul ordinateur mais de 5 machines, une imprimante, un scanner, un photocopieur. L’équipement a changé et cela a permis de changer un peu les objectifs. Grâce aux leçons tirées de l’expérience, on a continué à considérer le rôle de l’opérateur comme fondamental ; pour les conventions passées avec les communes, on a invité à participer de nombreux élus municipaux : par courriers, par téléphone, en expliquant au maire qu’on lançait un nouveau projet grâce à un fonds de l’Etat. Ce fonds permettait de financer l’équipement, son installation (réseaux...) et de l’ingénierie projet pour mener à bien cette mise en place. De leur côté les municipalités s’engageaient à prendre en charge les frais de fonctionnement : la connection, le local et l’opérateur.

Les frais n’étaient pas si élevés que cela puisque le poste le plus important était la connection. En effet, le local pouvait être n’importe quel lieu déjà existant et l’opérateur était un employé municipal déjà en poste. De notre côté, nous proposions d’assurer la formation de ces opérateurs et de fournir une solution de connectivité la moins chère et la plus adaptée. Nous les avons accompagné dans la définition du profil des opérateurs : que cela soit surtout une personne ayant une bonne empathie avec les gens, ayant le goût du service public ... et nous avons formé ces opérateurs à l’usage des technologies.

Q : En quoi consistait cette formation ?

Au début, on a commencé la formation avec un groupe d’opérateurs. Ils venaient à notre institut pour se former et ensuite on leur proposait un accompagnement personnalisé pour la mise en place des notions qu’ils avaient apprises. C’étaient essentiellement des ateliers, dans lesquels ils apprenaient en faisant, plutôt qu’une transmission d’informations théoriques. Ensuite, une fois terminée cette formation d’un jour par mois, avec différentes thématiques ... ils ont appris à utiliser les différents programmes informatiques, ils ont abordé les notions de travail avec les communautés d’habitants (se faire accepter, établir des alliances ...), comment évaluer le travail en cours, la gestion du télécentre...

Q : En passant d’une machine à 4 ou 5, le type d’accompagnement nécessaire de la part des opérateurs a du changer, non ?

Oui, il a changé complétement puisque l’idée était maintenant que les gens participent, qu’il mettent la main à la pâte, qu’ils fassent par eux-même, qu’ils apprennent à utiliser ... Donc, il y avait tout un processus à mettre en place. Premièrement nous allions rencontrer les organisations communautaires pour montrer ce que c’était que ces outils. Nous faisions de présentations en présence de l’opérateur, en montrant les technologies qui allaient arriver, en expliquant les implications de tout cela, les opportunités qui s’offraient .. et on invitaient les personnes intéressées pour apprendre à utiliser, à faire partie des actions de formations. Et ceux qui ne souhaitaient pas, pouvaient se rendre compte qu’il y avait des personnes de la communauté qui pourraient les aider à faire leurs transactions, qu’ils avaient la liberté de choisir ... mais on invitait tout le monde et eux décider qui aller se former. Au début, cela fut principalement les dirigeants. Ils voulaient être au fait de ce qui se passait et ils se sont intégrés facilement dans ce processus. Pour ce qui est des fonctionnaires, il y avait un groupe de personnes intéressées, parce que parralèlement aux télécentres, était proposé un programme de « modernisation de l’administration municipale » et donc ils ont du intégrer les deux projets à peu près en même temps. Un était destiné aux habitants et l’autre aux fonctionnaires municipaux, aussi ils ont du mettre à jour leurs compétences en matière de nouvelles techn ologies. Ils étaient demandeurs. Le processus de sensibilisation partaient depuis le maire et son conseil municipal, auquel on faisait des présentations mensuelles pour informer de l’avancement du projet, de façon à ce qu’ils intègrent les informations et ont leur proposait à eux aussi des formations.

Q : Comment ce projet a-t-il été financé ?

C’est un organisme qui s’appelle CORFO (Corporacion de Fomento de la Produccion - Organisation de Développement de la Production), aidé par SUBTEL (sous-secrétariat aux Télécommunications) qui ont réunis les fonds pour financer ce projet.

C’était un projet qui visait surtout « l’accès universel pour tous », par la création de lieux d’accès pour tous. Il s’agissait d’un projet pilote : si ça marchait dans la région la plus pauvre et défavorisée du pays, on savait qu’ensuite ailleurs ça marcherait bien. A la fin de ce projet, nous avons divergés avec le sous-secrétariat aux Télécommunications, car en dépit des résultats obtenus, ils ont opté pour un modèle privé. Et ce modèle privé a contribué à l’échec de beaucoup de télécentres au Chili : sur les 1200 lieux créés, il en reste aujourd’hui environ 800 en fonctionnement. Car après ce projet pilote, un nouveau projet a été impulsé pour créer des lieux d’accès au niveau national, mais sur la base d’un modèle erroné. Les communes qui avaient participé à notre projet pilote ont été inclues d’office dans ce programme national. Nous avons postulé pour ce projet et été retenus, uniquement à l’échelle régionale, afin de pouvoir poursuivre le projet avec les communautés et prolonger les conventions avec les municipalités. Nous poursuivons donc le travail, avec des fonds de l’Etat, mais en gardant les spécificités de notre approche.

Q : Quelle est le rôle du coordinateur dans un réseau de télécentres comme celui-là ?

Le travail de coordination est très important car nous intervenons comme « techniciens » , dans le sens où nous savons comment implanter et développer des télécentres. Les communes n’ont pas cette expertise. Au travers du réseau, nous établissons dans chaque commune une personne de la municipalité qui sera notre interlocuteur. Ce correspondant va nous aider à developper et à mettre en place notre action, c’est à dire : formation des opérateurs, développement de contenus, toujours avec l’aide de l’opérateur, développement d’actions de formation auprès des communautés, mais toujours en articulation avec l’opérateur, rien ne se fait sans sa présence, ainsi que celle de la municipalité. Cela veut dire aussi développer du matériel pour les formations, mettre en place un support technique, établir un modèle d’évaluation (nombre d’usagers, age, sexe, que vienent-ils faire ? ...), et chercher à maintenir la pérennité sociale et économique de projet. Le plus problématique étant la pérennité économique, car dans les communes beaucoup de maires se refusent à faire payer le service, car c’est impopulaire pour eux, ils le voient comme un service public ...

Nous, nous défendons l’idée qu’il faut faire payer, même si c’est à un prix très faible. Il ne faut pas toujours être en train d’offrir les choses à la population ... le télécentre n’est pas seulement une charge pour la commune, mais il peut aussi apporter sa part de ressources afin de payer les consommables, la connection internet, ... Tous les maires ne partagent pas avec nous cette vision des choses. Mais voilà en quoi consiste la coordination technique que nous assurons au sein de l’Université, mais notre objectif est d’aller en nous retirant progressivement, de façon à ce que ce soient les municipalités qui gèrent au final les télécentres.

Une coordination de réseaux de Télécentres du Chili

Il y a d’autres expériences au Chili assez semblables à la notre, avec lesquelles nous entretenons des contacts dans le cadre d’une association qui s’appelle ATAC (Association Active des Télécentres du Chili). Cette organisation, à laquelle appartiennent au moins 6 initiatives rassemblant 200 télécentres, fonctionnant sur un modèle semblable au notre, c’est à dire qu’il y a une coordination assez formalisée. Il y a par exemple :

  • Aulas Activas , de Talca, une organisation destinée principalement au monde de l’entreprise,
  • El Encuentro, à Santiago, qui en plus de gérer un télécentre et de coordonner un réseau, anime une radio,
  • l’Université de Conception
  • CDI (Comité pour la Démocratisation de l’Informatique), qui est une franchise locale d’une organisation très active au Brésil, qui travaille dans les favelas de Rio de Janeiro et de Sao Paolo.

En septembre 2005, nous avons reçu un fort soutien de Telecentre.org du Canada, qui est intéressé à renforcer les réseaux de travail.

Une des caractéristiques qui nous réunit, au delà des différences qui existent entre nous, c’est que nous souscrivons à un modèle de télécentre à fort engagement social, ce qui est très différent du modèle privé encouragé par le gouvernement. Un opérateur privé pouvait installer un télécentre, il recevait une grosse subvention de l’Etat... A l’usage, beaucoup se sont rendu compte que ce n’était pas un commerce rentable, et ils se sont retirés ...

Le travail en réseau est vital

Quand on développe un travail de ce type, ce que l’on recherche c’est voir d’autres expériences, échanger sur les questions de formation, échanger sur la conception de supports pédagogiques, ... Ce serait très enrichissant pour les animateurs de télécentres, car pour nous, ce sont les personnes centrales, et ce serait bien qu’ils connaissent d’autres réalité, d’autres façon de travailler. Ce serait aussi un moyen de les motiver et de leur montrer que le travail qu’il font est important et pertinent.

Mon rêve serait qu’ils puissent voyager ailleurs et découvrir comment fonctionnent d’autres télécentres, appréhender l’engagement d’autres animateurs de télécentres de façon à partager cette même approche ou « philosophie ».

C’est aussi fondamental de participer à des projets conjoints avec d’autres institutions internationales, de façon à donner de la puissance à ce qui existe. Le travail en réseau nous semble vital, au niveau local, régional et je l’espère, international. Nous participons depuis l’année 2000, au réseau Somos telecentros et nous avons pu participer à quelques rencontres régionales au niveau de l’Amérique latine, en Equateur, au Brésil. Cela s’est avéré très enrichissant de faire connaisance avec la réalité des autres télécentres.

Q : Des perspectives d’avenir ?

Aujourd’hui, notre institut universitaire voit ces télécentres comme une plateforme de travail, sur laquelle peuvent s’appuyer la plupart des projets en cours au niveau régional. Par exemple, on travaille aujourd’hui sur un projet avec l’Hôpital, l’idée est que les patients hospitalisés puissent communiquer avec les membres de leur famille résidant dans les différentes communes de la région. Au lieu de faire quelques fois 200 km, grace au Chat video, ils peuvent communiquer avec leurs parents.

Tous ces services peuvent prendre appui sur les télécentres.Ll y a aussi des personnes qui se forment à distance grace à des systèmes de e-learning, ... on voit bien qu’il y a des potentiels qui vont bien au-delà du simple usage de la messagerie, du chat, et du traitement de texte. Dans la mesure où on est capable d’offrir aux gens plus de services utiles, ils vont progressivement comprendre que ces technologies leurs apportent des solutions pratiques à des problèmes concrets et immédiats.

Posté le 13 mars 2006 par Philippe Cazeneuve
Posté le 13 mars 2006 par Philippe Cazeneuve
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Podcasting dans les andes péruviennes

Traduction d’un reportage paru le 7 février 2006 sur BBC News

Cet article est la traduction d’un article publié sur le site "BBC News" associé à l’émission hebdomadaire "Go Digital" de la BBC World Service, animée par Gareth Mitchell et consacrée aux nouvelles technologies.

Il relate l’expérience menée à Cajamarca (Pérou) par l’ONG "ITDG Soluciones practicas", organisation avec laquelle CRéATIF a conclu un échange dans le cadre du programme I-Jumelages.

Carte du Pérou

Dans les montagnes reculées des Andes, des villages comme Chanta Alta disposent seulement de deux heures d’électricité par jour.

Malgré cela, un projet pilote utilise le podcasting pour diffuser des informations agricoles importantes pour les paysans. Ceux-ci n’ont pas encore les moyens d’écouter celles-ci sur des lecteurs MP3. Mais l’ONG britannique « Practical Action » (Soluciones Practicas) a marié nouvelles et anciennes technologies, afin de diffuser ces enregistrements réalisés deux fois par mois, via les 8 infocentres de la région de Cajamarca.

Les Développements futurs

Ces télécentres, dont la plupart fonctionnent grace à l’énergie solaire, téléchargent les programmes sur des CD, afin de les rediffuser sur les stations de radios locales.

L’ONG a trouvé commode de diffuser des contenus audios à la population locale, qui préfère écouter les informations dans son propre dialecte plutôt que de passer par l’écrit. Chaque zone aux alentour de Cajamarca reçoit des informations personnalisées. A Chanta Alta, les émissions se concentrent sur l’élevage du bétail et sur la production laitière. A Chilete, les émissions sont utilisées pour donner des conseils aux paysans débutant dans la culture du raisin.

Cecilia Fernandez Morales, chef de projet de « Practical Action » au Pérou, a confié au reporter de la BBC pour l’émission « Go digital », que les responsables sont maintenant en train de former des personnes locales afin qu’ils puissent produire leurs propres enregistrements : « Cela a très bien marché auprès des populations locales et maintenant nous recevons plus de questions de la part des agriculteurs, auxquelles nous essayons de répondre. Nous espérons aussi que la base de podcats mis en ligne, servira non seulement aux paysans péruviens, mais aussi à d’autres agriculteurs latino-américains. »

Le projet péruvien est en phase d’essai, une première évaluation sera effectuée fin mars 2006. Si le Podcasting à la péruvienne ont du succès, l’ONG envisage de développer le même schéma au Sri Lanka et au Zimbabwe.

« Nos projets consistent à tester des solutions technologiques qui permettraient d’écouter les podcasts à l’aide d’un téléphone mobile ou d’un PDA, ou de tout autre appareil permettant de lire des fichiers MP3 », dit David Grimshaw, le responsable de ce projet au niveau international.

Lien hypertexte: BBC News
Posté le 7 février 2006 par Philippe Cazeneuve
Posté le 7 février 2006 par Philippe Cazeneuve
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Les TIC, une réponse à la pauvreté ?

S’il restait quelques doutes sur l’importance de l’information comme élément clé du développement humain, le récent Sommet mondial pour la Société de l’Information (SMSI) les a levés. C’est maintenant officiel : l’information et la communication, de concert avec la technologie, sont des armes stratégiques de l’humanité pour atteindre les tant désirés « Objectifs de Développement pour le Millénaire ». Quoiqu’il en soit, en Amérique Latine nous devons encore trouver rapidement comment passer de cette reconnaissance à l’action, surtout lorsqu’il s’agit des plus pauvres, le plus souvent isolés et sans accès aux moyens d’expression, privés de services basiques, en situation d’analphabétisme, etc.

Sur la base d’une expérience de près de 10 ans de travail avec les technologies de l’information et de la communication pour le développement au sein de l’ONG ITDG, Miguel Saravia réfléchit dans l’article qui suit, sur le processus d’innovation technologique des dernières années, son articulation (ou non) avec les processus nationaux de développement et il termine en présentant les pistes sur lesquelles nous pouvons nous appuyer, pour que les TIC ne signifient pas une menace pour la liberté des personnes et pour éviter que les différences sociales existant actuellement, ne se creusent encore davantage.

  • Cet article est la traduction d’un texte de Miguel Saravia : Pobrez@ : Pueden las TIC ser una repuesta ?, Revue latinoamericaine Tecnologia et Sociedad, N°6, octobre 2004, Edition ITDG.

(La première des trois parties de cet article n’a pas été reprise ici ; elle donnait quelques éléments statistiques sur la pauvreté et le niveau d’équipement informatique dans divers pays de l’Amérique latine.)

Les TIC et la pauvreté ; un nouveau modèle en construction

L’innovation technologique

Traditionnellement l’innovation technologique a appliqué une relation verticale et unilatérale avec les populations vers lesquelles elle était orientée. Et ceci n’a pas changé quand nous parlons aujourd’hui des nouvelles technologies de l’information et de la communication. L’histoire récente démontre que l’incorporation des technologies de l’information et la communication a reproduit le système d’autorité et la division internationale du travail d’hier L’innovation technologique qui est née à partir de l’expansion des TIC n’a pas conduit à un village global, comme le prophétisait Mashall Mac Luhan, mais bien plutôt a généré un grand village entrepreneurial, dans lequel la production et le marketing à échelle mondiale conçoivent le monde comme un grand marché unique.

Dans ce grand marché, une seule voix est privilégiée (l’homogénéisation propre à la globalisation), une seule voix et beaucoup de mondes différents (par exemple le surgissement imprévu des régionalismes européens). On essaye alors d’uniformiser la diversité au lieu de faire se concerter les divers éléments d’une diversité. La globalisation suppose la pensée d’un consommateur comme un individu homogène qui, indépendamment de sa culture et de son lieu de vie, exprime des fonctions de préférence homogènes. En d’autres termes ce modèle introduit une pression interne vers une homogénéisation institutionnelle, alors que celle-ci n’est pas nécessairement compatible avec l’intérêt national.

C’est alors que certains gouvernements nationaux commencent à ressentir que leur autonomie est mise en cause et aussi la pression pour établir une régulation conforme à l’intérêt de la globalisation plus qu’à celui de leurs propres citoyens. Ceci entraîne des conflits d’intérêts qui conduisent, dans la majorité des cas, à la subordination des pays du Sud aux priorités du marché global. Il existe aussi des positions contraires qui défendent mieux les espaces nationaux et même les espaces régionaux, comme celles qu’ont prises le Brésil et le Venezuela au dernier sommet extraordinaire des Amériques à Monterrey, au Mexique.

Les promoteurs de l’innovation ont reproduit un schéma dominant selon lequel il existe une chaîne linéaire d’innovation (partant de la recherche de base, il conduirait au bien-être social). Ce déterminisme de la technologie est à l’origine d’un processus de démobilisation sociale et présente le développement comme un résultat automatique de la chaîne d’innovation.

Même le mouvement de "technologie appropriée", impulsé par Shumacher (1) à partir des années 60 qui a posé le développement social comme un axe central, en est venu, dans certaines occasions, à accepter l’idée que le simple accès à une meilleure diversité de choix technologiques amènera un impact positif sur le développement d’une communauté.

Dans les deux dernières décades, les processus de globalisation et d’ouvertures extérieures des marchés ont entraîné de profonds changements dans les processus d’innovation en Amérique latine.

Des études de la CEPAL (cf les sigles en fin d’article) signalent que les réformes de structures ont amené la réorientation de l’appareil régional productif d’une part vers les biens et les services non commercialisables, d’autre part vers des avantages comparatifs statiques — production de matières premières et d’industries utilisatrices de ressources naturelles dans les pays du cône sud et dans des branches d’activité dissimulant un usage intensif de main-d’oeuvre non qualifiée, au Mexique et dans plusieurs pays plus petits de l’Amérique centrale et des Caraïbes —. Mais les mêmes réformes ont échoué à créer des avantages comparatifs dynamiques basés sur l’apprentissage et les connaissances, qui permettraient d’augmenter la valeur ajoutée des exportations et l’insertion des entreprises de la région dans les marchés mondiaux.

ITDG a cherché à comprendre ces processus de changement, et à faire face à la tendance traditionnelle en initiant un processus de réflexion sur la signification des processus de changement technologique dans les communautés rurales du Pérou, et sur la façon de construire un paradigme distinct de développement de la technologie qui corresponde mieux aux nécessités des populations pauvres.

Un paradigme différent pour les TIC

Avant de formuler un nouveau paradigme, nous devons clarifier quelle est notre conception de la technologie. Le concept de technologie qu’utilise ITDG va bien au-delà de l’infrastructure. Il comprend l’information, les habiletés et le savoir associés à celle-ci et la capacité de l’utiliser. Selon Ian Smillie (2) : « la technologie est une combinaison de connaissances, de techniques et de concepts ; elle est composée d’outils, de machines et d’ateliers. C’est une ingénierie : mais c’est beaucoup plus que cela. Elle implique l’organisation et son évolution ; elle implique les personnes tantôt comme des individus — des créateurs, des inventeurs, des entrepreneurs — et comme société membres d’une société. La technologie est la science et l’art de faire les choses moyennant la mise en oeuvre d’habiletés et de connaissances » Appliquer notre concept de technologie au processus d’innovation technologique et au processus d’émergence de nouvelles technologies de l’information et de la communication a aidé ITDG à définir un paradigme distinct qui voit la technologie plus comme facilitatrice (paradigme alternatif) que comme conditionnant (paradigme existant) des processus de développement. Dans cette optique, alors que la force qui mobilise le paradigme existant est celle du bénéfice économique considéré comme la seule source du changement ou de l’innovation technologique, la force qui dynamise le paradigme alternatif que nous présentons est la demande des utilisateurs — des populations pauvres.

En analysant les TIC dans cette perspective, nous rencontrons trois aspects de l’innovation technologique de le domaine des TIC :

1) Le premier aspect provient de l’énoncé même du schéma dominant de l’innovation technologique qui attribue à la technologie elle-même et au processus d’innovation une capacité transformatrice et un potentiel émancipateur, c’est-à-dire que la simple introduction de technologies générerait une chaîne qui aboutirait automatiquement à un développement social. Mais disposer d’une infrastructure ou d’une technologie n’implique pas nécessairement qu’on les utilise et qu’elles contribuent au processus de développement. Il y a une dimension immatérielle qui ajoute de la valeur au processus d’innovation ; c’est elle qui génère réellement le développement. Nous mettons l’accent sur le processus d’apprentissage et de développement des compétences. C’est seulement ainsi que se produira un usage adéquat de l’infrastructure.

Affronter la pauvreté digitale implique assurément de mettre l’accent sur le développement humain et sur le renforcement institutionnel local car il y a des conditions préalables qui rendent possible que les TIC deviennent des éléments clés du processus de développement et de la lutte contre la pauvreté : un environnement démocratique, des mécanismes de participation citoyenne renforcée, des niveaux adéquats d’éducation et d’accès à la santé ; l’existence d’une culture de paix et de responsabilité sociale sont aussi indispensables. Ricard Gomez l’explique avec une grande clarté : « les TIC ne sont pas une formule magique qui transforme le cuivre en or ni les zéros et les uns en démocratie, en participation et en développement. Les programmes de TIC pour le développement doivent utiliser le potentiel d’environnements propices ».

2) Le second aspect à considérer est le contexte d’origine de la technologie que l’on désire introduire. Celui-ci conditionne la technologie elle-même. Il est pertinent de se demander quel est le contexte historique et social dont les TIC tirent leur origine et qui ont permis leur développement. "Se référer à la technologie suppose d’essayer de comprendre de quelle manière les activités pratiques (les techniques) ont été conçues et mises en valeur par ceux qui les emploient ; quelle conception générale du monde, de ses éléments et de leur comportement ont été élaborés à partir des expériences de transformation du milieu ambiant ; en somme cela suppose de se référer à une totalité culturelle historiquement déterminée. La technologie n’est pas alors une réalité super-objective, neutre ; elle naît, se développe et se transforme dans un milieu historique qui en est le fondement » (3).

Nous avons dit depuis le début de cet article que les TIC apportent leur contribution à une globalisation qui bénéficie formidablement à un petit nombre de personnes situées sur la crête de la vague, en même temps qu’elle laisse la majorité chaque fois en arrière, dépossédée de son pouvoir. C’est un phénomène d’aggravation de l’exclusion et de la marginalisation.

Le phénomène des nouvelles technologies est proche du paradigme dominant dans notre société, qui revient à ignorer toute référence aux questions politiques et idéologiques, en présentant le changement technologique en cours comme nécessaire et inévitable, neutre et rationnel, motivé uniquement par des raisons techniques liées fondamentalement au développement même de la technologie. Ceci fait que les nouvelles technologies de l’information sont présentées comme des technologies ouvertes, pleines de promesses, à condition seulement de savoir utiliser leurs potentialités, pratiquement de manière indépendante du contexte social d’où elles proviennent et dans lequel elles s’appliquent.

3) Le troisième élément qui saute aux yeux quand nous analysons les TIC sous un nouveau paradigme est que, derrière le principe que les innovations technologiques puissent être engagées, se cache l’idée d’inonder les différents recoins des pays les plus pauvres avec de la technologie, au lieu de promouvoir de réels processus d’appropriation. Il y a dans cette perspective une méconnaissance des processus d’apprentissage, et de la différence entre une information et une connaissance.

Dans les processus d’acquisition de connaissance et d’apprentissage, il y a d’une part l’interaction entre l’expérience accumulée par celui qui reçoit l’information et cette dernière, et d’autre part un processus de validation préalable pour estimer si un usage déterminé de l’information et de la technologie apportera une solution adéquate aux problèmes réels posés.

Le nouveau modèle et les systèmes d’information et de communication rurales

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InfoCentre

Le modèle pour mettre en oeuvre les TIC en vue de réduire la pauvreté ne se situe pas seulement dans le technologique, mais il faut l’adapter à différents processus qui affectent la vie des pauvres, en particulier les systèmes d’information et de communication rurales.

Appliquer ce modèle un système d’information et de communication rurale passe par la reconnaissance que, pendant de très longues années, le paysan a survécu grâce à ses propres mécanismes d’information, grâce aussi à des règles sociales qui ont assuré sa subsistance. Un système "nouveau" doit apprendre de ces systèmes traditionnels et, au lieu de les remplacer, doit les renforcer. Toute personne a la capacité de discerner si ce qu’on lui donne comme information lui sert ou pas, à condition que l’information soit apportée dans les "codes" qu’elle comprend. Plus important que le processus de diffusion de l’information est donc la manière d’accompagner le processus de codification. Et cet accompagnement ne doit pas être le propos d’une intervention peu au fait de la vie de la communauté mais par des intermédiaires d’information qui, en plus d’avoir été formés à la recherche et la mise à disposition d’informations, ont une connaissance des problématiques qui affectent la vie de l’agriculteur : la santé animale, l’élevage, les cultures, les calamités diverses etc.

Mettre en oeuvre un système d’information rurale passe donc aussi par l’élaboration très soigneuse de tous ces niveaux, et ceci doit être fait avec la communauté pour répondre aux besoins de celle-ci, et aux requêtes des institutions fournisseuse d’information. Le paysan doit avoir des conditions équitables pour participer au système:il doit recevoir, mais aussi donner. C’est le seul moyen de mettre en oeuvre de façon pérenne l’infrastructure et les services.

ITDG et les TIC contre la pauvreté. Appliquer le modèle, en tirer les leçons, en partager les défis

Installer des systèmes d’information pour le secteur rural qui soient adaptés à chaque contexte et qui en plus réussissent à s’autofinancer constitue un défi très difficile. Encore plus si l’on propose de faire converger l’investissement privé et l’investissement étatique en suivant les initiatives de la société civile et des ONG en vue d’un type de développement dont la communauté est l’animatrice principale.

La difficulté tient non seulement à l’absence de modèles théoriques disponibles, mais aussi à la faiblesse de l’organisation de l’habitat rural, à l’isolement dans lequel il a été maintenu et à la difficulté des relations avec les institutions de l’État qui ne soient pas en termes clientélistes.

De même la maigre infrastructure d’information existante en milieu rural nous oblige à concevoir une intervention plus décisive du secteur public et du secteur privé dans cette opération. Notre intervention doit promouvoir l’investissement privé dans ce sens, tout en reconnaissant les limites du développement des infrastructures de télécommunications basées exclusivement sur le marché. Nous avons avancé — il serait plus juste de dire que nous sommes en train d’avancer — en obtenant que les communautés rurales deviennent consommatrices d’information, qu’il se génère ainsi un marché de l’information dans le secteur rural. Cependant, il reste un défi majeur qui est de transformer les communautés rurales en pourvoyeuses d’information, c’est-à-dire de les faire devenir pleinement ce que nous avons appelé des "sociétés de l’apprentissage".

Infocentres pour le développement

Le modèle de développement partant du bas vers le haut, appliquant les TIC à partir des communautés pour faciliter le processus d’information et de communication, ceci constitue le "premier kilomètre" et non le dernier. Les approches qui parlent du dernier kilomètre pour désigner les TIC en zone rurale, sont celles qui promeuvent la connexion du local au global, beaucoup plus que l’interconnexion au niveau du local. Notre proposition est que les TIC ne seront adéquates au développement rural que si elles se relient au milieu rural et résolvent des problèmes concrets des habitants ruraux, parmi lesquels- se trouve le problème de la communication locale. C’est cette approche qui nous a conduit à construire un modèle d’infocentre original, à partir de l’expérience du projet InfoDes — Infocentre pour le Développement — à Cajamarca.

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InfoDes

Nous avons appris qu’il ne suffisait pas de livrer pro-activement de l’information mais qu’il fallait générer des processus individuels et collectifs qui permettent d’accéder à la pratique et de valider ce qui est nouveau en termes d’informations reçues, puis de le convertir en apprentissage. Un élément important est celui des relations sociales et de leur rôle dans le processus de transfert de l’information, qui donne une valeur significative aux données, à l’information brute, en renforçant les processus d’apprentissage. La famille, les parents et les amis sont des éléments clés dans cette stratégie efficace d’information et de communication.

L’infocentre se consolide alors comme l’espace dynamisant le local. « Il ne s’agit pas seulement de mettre les données existantes à la disposition d’une collectivité, mais de traiter les données pour les convertir en information véritable. D’un autre côté, la formation ne peut rester prisonnière de la notion d’un aller simple depuis les sources de celle-ci vers les usagers mais elle doit se transformer en communication en rencontrant le savoir local et en « dénouant » celui-ci en vue de constituer un aller et retour qui renforce le circuit de dialogue des savoirs » (4).

Mais au-delà, pour fermer réellement le cercle, le circuit d’apprentissage, il faut travailler avec la communauté sur sa capacité d’appropriation des données et de l’information qui circule bien au-delà de la technologie informatique elle-même.

De l’Infocentre au SIRU. L’historique du nouveau chemin

Du travail avec les infocentres a surgi la nécessité de rechercher de quelle manière nous pouvions lancer un pont qui rapprocherait la l’information de la population rurale, mais en même temps mettrait à jour et récupérerait son savoir, sa tradition et prendrait en compte la manière dont, pendant des décennies, l’habitat rural a consommé et utilisé l’information. Nous nous sommes engagés dans ce nouveau chemin à partir du projet InfoDes, puis de celui des radios rurales, du projet de téléphonie rurale, pour maintenant achever de consolider le projet SIRU — système d’information rurale et urbaine. Nous décrivons ci-dessous l’ensemble de ce processus.

InfoDes

Comment rapprocher la demande d’information en zone rurale de l’offre existante dans les zones urbaines ? Le réseau Internet et les TIC peuvent-elles être utiles dans ce processus ? Pour répondre à ces questions, ITDG a conçu en 1997 le projet InfoDes.

Dans ce projet ont été créés plusieurs service d’information comme "Le Pregunton" , un système de questions et réponses qui passent par le canal du promoteur du centre d’information (installé sur le lieu de travail). Les paysans qui souhaitent une information sur un sujet donné posent leurs questions au centre d’information ; ensuite, au cours d’une visite des techniciens du projet, des réponses leur sont données sous des formes variées : des pages Web, des livres, des vidéos, des brochures, etc.. Ce n’était pas un système rapide mais il était assez simple. Un autre moyen utilisé fut l’audiovisuel sous forme de projections auxquelles était convié beaucoup de monde d’une même localité, à l’air libre, traitant des thèmes sur lesquels les paysans s’étaient interrogés. Ceci conduisait à des discussions.

Avec InfoDes fut conçue également une base de données qui servit à stocker l’information technique générée par ce système de rencontres et de discussions. Pendant le déroulement du projet nous nous sommes rendu compte qu’il était nécessaire d’approfondir les recherches sur différents points : le rôle des médias traditionnels, les mécanismes locaux pour générer de la connaissance, les modèles de gestion soutenables qui assureront la mise à disposition d’informations et de services locaux de communication au-delà de la durée du projet. C’est ainsi que nous avons mené des recherches et une conception de projet qui ont complété et développer la portée d’Infodes.

Radio, télé-centre et téléphonie rurale

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Conectando los Andes

Un des projets complémentaires à celui d’InfoDes fut le projet Chilala Radio Rurales mis dans lequel furent installés trois émetteurs dans les localités de la région de Cajamarca, Asuncion, Chanta Alta, et Huanico. Ce projet reçu un financement du Département du Royaume-Uni pour le Développement International. Ce projet proposa de développer un modèle soutenable d’entreprise de radio rurale destinée à renforcer le savoir local et à réduire l’isolement des paysans Le projet Radios Rurales utilisa un moyen de masse qui fut identifié comme le plus utilisé par les paysans ruraux et qui permit ainsi de diffuser l’information générée par le système à un territoire beaucoup plus important. Un autre de projet fut celui du Télécentre InfoDes, qui offre actuellement un accès à Internet à la population de la ville de Cajamarca, mais il s’est aussi constitué en centre d’expérimentation et de formation aux TIC. Actuellement le télécentre coordonne une initiative de la Banque Mondiale appelé "Voces Nuevas" et de plus constitue le bureau virtuel de l’OSIPTEL, -organisme superviseur de l’investissement privé en télécommunications — dans cette ville. Finalement afin de pouvoir se connecter à Internet dans les localités de Chanta Alta, Combayo, Huanico, Lacanora, La Encanada, et Puruay Alto, fut préparé un projet pilote de téléphonie rurale financé par le OSIPTEL/FITEL, dans le cadre du programme appelé désormais « En connectant les Andes ».

Il n’y a pas eu dans InfoDes de développement particulier d’un modèle de gestion pour les infocentres situés dans des localités rurales ; ceci fut fait dans le projet de téléphonie rurale.

De la même manière, nous avons commencé à travailler non comme des promoteurs mettant en forme l’information de manière volontariste, mais comme des micro-entrepreneurs locaux qui administraient les infocentres et recevaient un appointement pour cela. De cette manière les infocentres sont actuellement des points d’accès à l’information et la communication à travers divers médias et divers formats.

Un Infocentre compte au minimum un ordinateur connecté à Internet et un téléphone public, en plus d’une imprimante d’un scanner et d’une webcam. Cependant la partie technologique n’est pas la plus importante car c’est un lieu de rencontre de la communauté où les personnes se rendent pour s’informer, communiquer entre elles, enseigner et apprendre. Un des résultats les plus importants de ce projet fut la participation et le renforcement des jeunes de la localité qui ont acquis les habiletés nécessaires pour gérer un infocentre. Cette dernière spécialité s’acquiert dans un programme de formation conçue spécialement pour les habitants ruraux qui fut impulsé depuis le télécentre InfoDes.

Système d’Information Rural Urbain

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SIRU

Le projet SIRU est une initiative originale qui propose des nouveaux canaux d’échange d’information entre organismes de développement, infocentres, producteurs agricoles, petites entreprises et pouvoirs publics locaux.

Cette initiative inter-institutionnelle tente de contribuer à améliorer la capacité de prise de décisions des habitants de la campagne et de la ville, l’infocentre étant conçu comme générateur d’information et comme axe de communication entre la ville et le monde rural.

Dans le milieu rural les petits producteurs, entrepreneurs et responsables publics locaux ont besoin d’information pour ne pas oublier les éléments nécessaires aux décisions en matière sociale et économique. Actuellement, l’accès à cette information est conditionné par les compétences locales pour se l’approprier. Faire face à cette limite est le principal défi que rencontre ce projet. Il n’existe pas une demande explicite d’information mais cependant il y a de nombreux clients potentiels. Ce qu’on essaye à travers le système proposé est d’expliciter la demande potentielle. Les systèmes d’information de beaucoup d’institutions de développement sont très différents dans leur manière de rassembler les données et de les traiter et très peu d’organismes construisent une information systématisée. Les limites que le projet SIRU a identifiées ont été les suivantes :

  • il n’existe pas de stratégie claire de diffusion de l’information. Très peu des systèmes d’information font appel à des relations inter-institutionnelle pour partager l’information et donc obtenir une meilleure couverture.
  • il n’y a pas de stratégie pour donner de la valeur d’usage à l’information qui permettrait d’engager des processus de durabilité des systèmes d’information. Le type d’usage ou de demandes d’information du secteur rural et urbain est imprécis. Ceci conduit à ce que la majeure partie des systèmes d’information produise de l’information technique pour leur seul usage interne.

Il est nécessaire de créer un espace interinstitutionnel dans lequel on recueille, on traite, on reformate puis on diffuse l’information. C’est pour cela que nous nous sommes associés avec cinq institutions de développement à Cajamarca. De cette manière l’information arrive de manière efficace aux usagers urbains et ruraux. Ce centre a aussi pour but de traduire et de reformater l’information pour le milieu rural, et aussi de valider à la campagne l’information qui a été ainsi traitée.

Considérant tout ce qui vient d’être dit, le SIRU se fixe les objectifs suivants :

  • consolider un réseau de fournisseurs d’informations économiques et agricoles dans le département de Cajamarca, réseau articulé à travers un centre de traitement de l’information.
  • développer les compétences de onze infocentres, en vue de copier, produire et diffuser l’information et les capacités des bénéficiaires pour mieux faire usage de cette dernière.
  • produire suffisamment d’informations pertinentes qui répondent aux nécessités locales et qui, utilisant les moyens et les formats adéquats, ont un impact de sur l’activité économique d’au moins onze localités.

Après une année qu’est-ce qui a été obtenu ?

  • des dynamiques locales d’information ont été lancées avec la participation d’acteurs clés de la population et sous le leadership de l’administrateur de chaque info centre.
  • les infocentres ont renforcé le niveau institutionnel local facilitant l’organisation et la résolution des conflits.
  • les administrateurs des infocentres ont créé un "réseau d’infocentres de Cajamarca", qui a permis de modifier leur rôle dans le projet et leur a permis d’avoir un niveau d’organisation meilleure et d’affirmer l’existence d’un vrai réseau de distribution d’informations au niveau local.
  • au moins deux membres du réseau ont pu répondre à des demandes spécifiques de production d’informations durant l’année 2004.
  • les infocentres de Llacanora et d’Encanada ont chacun participé à une rencontre de concertation et de lutte contre la pauvreté, prenant ainsi leur part dans le soutien institutionnel que chaque info- centre doit fournir ainsi, et aussi leur part dans la faisabilité sociale sur la longue durée.
  • trois nouveaux districts au moins de Cajamarca ont fait une demande de participer au SIRU et de recevoir des conseils pour la création de nouveaux info-centres.

Le projet InfoDes nous donne seulement quelques pistes pour poursuivre la recherche sur la théorie de l’information et sur la pratique des organisations de développement. Maintenant le SIRU nous pose les plus grands défis, à savoir de mener une action du bas vers le haut. C’est seulement quand elle peut prendre sens que la formation se propage et se convertit en connaissance ; lorsqu’elle est utile et qu’elle peut atteindre la pratique. C’est le principe qui a été développé dans le présent document. On tentera de le reproduire et de l’enrichir dans les nouveaux projets du programme de nouvelles technologies à ITDG.

Futurs défis : rapprocher les TIC et les pauvres

L’application du nouveau modèle aux systèmes d’information rurale est en cours de consolidation comme on l’a vu longuement dans cette session. Cependant rapprocher les technologies vers les plus pauvres est beaucoup plus que l’implémentation de systèmes d’information. Nous sommes confrontés à répondre à de nouveaux défis.

Ces défis doivent être abordés de manière collective créative et en respectant les principes du modèle décrit dans la première section du présent article. Pour finir, nous faisons la liste de quelques uns des thèmes sur lesquels nous travaillons et qui nous aiderons à mieux documenter comment les TIC peuvent être des outils efficaces pour lutter contre la pauvreté, éliminer les inégalités sociales et à assurer un développement soutenable, avec la participation de tous, démocratiques :

  • des technologies d’information et de communication qui consomment peu d’énergie
  • des technologies d’information et de communication pour les handicapés
  • de nouveaux modèles de gestion pour les télécommunications rurales
  • des nouveaux modèles de gestion des télécommunications en zone rurale et périurbaine
  • l’usage de logiciels libres pour l’échange d’informations.
Posté le 30 janvier 2006 par Miguel Saravia
Posté le 30 janvier 2006 par Miguel Saravia
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Pérou : l’Eldorado de l’accès public à internet

Depuis Cajamarca (Pérou), le 20 janvier 2006
Quelques impressions du Pérou où je séjourne depuis deux semaines pour un voyage d’étude sur la situation de l’accès public à internet, dans le but d’envisager la possibilité d’échanges entre CRéATIF et le réseau des télécentres péruviens en cours de constitution. Ce voyage s’effectue dans le cadre du projet I-jumelages qui apporte son soutien financier au coût du voyage.

J’ai passé la première semaine dans la capitale, Lima, où j’ai été invité à participer durant trois jours à une conférence « Télécentres au Pérou - Usages des TIC et expériences ibéro-américaines ».

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Conférence à Lima

Au programme, une vingtaine d’exposés d’intervenants locaux de tous horizons : représentants de programmes gouvernementaux, grandes ou petites entreprises, collectivités territoriales, associations locales, ONG internationales. Nous étions 4 intervenants étrangers invités à présenter nos expériences, dont deux coordinateurs de réseaux régionaux de télécentres : au Chili (Araucanie - 30 télécentres) et en Espagne (Asturies - 85 télécentres).

La qualité et la variété des exposés m’a permis en peu de temps de me faire une idée rapide de la situation des TIC au Pérou. Je ramène de nombreux articles à traduire et à publier qui permettront au fil des semaines et mois à venir, d’élargir notre vision souvent franco-centrée.

Le premier constat, c’est que le Pérou a quelques longueurs d’avance sur la France en terme d’accès public à internet !! Il faut savoir qu’ici, internet a commencé à être utilisé largement par les scientifiques dès le milieu des années 80 et que les premiers projets d’accès publics datent du début des années 90.

Le Pérou est le pays d’Amérique latine qui comporte le plus de Points d’accès publics à internet, appelées ici « cabines Internet ». Entre 15.000 et 25.000 selon les chiffres les plus récents, pour une population de 25 millions d’habitants dont 15 millions dans la capitale. Mais la plupart se trouvent dans les villes et on compte actuellement seulement 1.000 points d’accès en fonctionnement en milieu rural à l’échelle de tout le pays. Plusieurs programmes gouvernementaux ou privés projettent de réduire ce « gap » dans les années à venir et ce sont près de 4.000 points d’accès en milieu rural qui sont en projet.

Seul 8 % des péruviens possèdent une ligne de téléphone fixe et 5 % un ordinateur à la maison. L’accès partagé à internet depuis un lieu public est donc LE principal mode d’accès, puisque 90 % des habitants de Lima accèdent à internet de cette façon.

De nombreux projets existent depuis dix ans afin d’utiliser les TIC au service du développement rural et pour lutter contre la pauvreté. Des programmes d’alphabétisation digitale sont menés de façon planifiée, avec divers exemples de démarches participatives et d’empowerment dont nous serions bien avisés de nous inspirer dans nos banlieues paupérisées.

Grace à l’appui sur place de l’ONG « ITDG Soluciones practicas » qui a joué le rôle de facilitateur et d’organisateur de mon séjour, j’ai pu aller sur place à la rencontre de deux projets dans lesquels les télécentres (ou infocentres) sont partie prenante d’une démarche plus globale de systèmes d’informations rurales. Je vous présente rapidement le premier d’entre eux.

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Télécentre de Chancayllo (Perou) et son antenne wi-fi

A Huaral, une vallée cotière à deux heures de bus au nord de Lima, c’est le « Comité des usagers » gérant le système d’irrigation agricole, qui porte un projet destiné au 6.000 agriculteurs adhérents. 6 télécentres dans les villages alentour interconnectés via un réseau sans fil au centre serveur basé dans le bourg de la vallée et disposant d’un accès de type ADSL. Chaque télécentre est géré par la commission locale et propose outre de l’accès internet, des sessions d’initiations ... et de la téléphonie sur IP. (Dans ces villages, l’internet est arrivé avant le téléphone fixe).

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Télécentre de Chancayllo (Pérou) et son système d’information agraire

Afin d’intéresser les paysans, le projet est articulé autour d’un système d’information agricole. Le site portail produit de façon collaborative par un réseau de partenaires est en mesure de fournir des informations actualisées quotidiennement sur les cours des produits agricoles sur les différents marchés des environs, ce qui permet aux agriculteurs de mieux gérer leurs récoltes, en ayant leur source d’information indépendante des grossistes et acheteurs.

Plus fort, chaque partie de la vallée est suivi par un « sectoriste » chargé d’ouvrir et de fermer les vannes pour assurer la distribution d’eau dans chaque parcelle. Au cours de ces opérations d’irrigation, il procède à un relevé détaillé de tout ce qui est semé sur les parcelles, afin d’obtenir par cumul un état précis des surfaces plantées pour chaque variété de fruits et légumes. Ces données sont mis en ligne sur le site portail et cette transparence permet aux paysans d’autoréguler les qunatités produites afin d’éviter un effondrement des prix en cas de surproduction.

Encore plus fort, depuis novembre dernier ce relevé d’informations se fait sur des PDA et grace à la couverture wi-fi du territoire, les « sectoristes » seront en mesure au cours de leur tournée de fournir des informations en temps réel aux agriculteurs qu’ils rencontrent !

Toujours plus fort, grace à ses 6 antennes wifi le « Comité des usagers » envisage dans un avenir proche de devenir fournisseur d’accès à internet pour des professionnels ou particuliers désirant s’équiper à domicile ... Après avoir irrigué le territoire en eau, voilà que cette organisation gérée de façon démocratique par les agriculteurs, va leur ouvrir un accès à internet !

Pour couronner le tout, tout ceci fonctionne uniquement, y compris les postes des télécentres, avec des logiciels libres.

Bien sûr, il s’agit d’un projet pilote à l’échelle du Pérou, mais dites moi, vous en connaissez beaucoup vous des projets comme ça dans notre beau pays de France ?

Dans ma prochaine bafouille il sera question de Podcasting pour diffuser des programmes de sensibilisation aux techniques agricoles pour les paysans de la région de Cajamarca (zone andine au Nord du Pérou, près de l’Equateur). Là encore, un programme qui s’articule à un site portail d’infos locales et à un réseau d’infocentres ...

Ce voyage me donne bien la pêche, car je récolte plein de nouvelles expériences à colporter. J’ai fait aussi le plein de vidéos, de matériel didactique, de compte-rendus d’évaluation, etc ...

Posté le 20 janvier 2006 par Philippe Cazeneuve
Posté le 20 janvier 2006 par Philippe Cazeneuve
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Accès public et logiciel libre au Brésil : Le Projet CASA BRAZIL

Article publié sur Communautique Par Bruno Blais, le 20 juin 2005
Casa Brasil est un projet mis sur pied par le gouvernement fédéral brésilien qui cherche avant tout à stimuler la société civile locale. Cette initiative d’envergure nationale consiste à créer plus de 1000 centres communautaires et culturels appellés des « Casa Brasil » d’ici 2006.

Actuellement, ce projet, qui vient tout juste de ce mettre en branle, compte quelques 153 points d’accès actifs et ce, dans tous les États du Brésil. Chaque Casa Brasil dispose de 25 postes d’ordinateurs afin de promouvoir l’appropriation des technologies ainsi que 4 autres salles. Ces dernières servent à la mise en valeurs d’activités culturelles et communautaires. Des spectacles de musique, des pièces de théatres, des films et des expositions diverses y sont présentés. Certaines salles sont même équipés pour faire de la radiodiffusion et du montage vidéo. Finalement, pour les plus jeunes, un espace de lecture est aussi aménagé. Si l’on compare avec notre Québec, le projet se rapproche de celui des Maisons de la Culture. Elles seraient par contre bonifiées de Centres d’Accès Communautaire en Informatique (CACI) et vouées tant à la création qu’à la présentation d’événements.

Pour mettre en chantier une telle initiative, le gouvernement du Brésil a dû débloquer des fonds importants. Pour l’année 2005, c’est 224 milloins de R $ ( environ 112 millions de dollars canadiens) que le gouvernement a libéré. Le conseil d’administration compte d’ailleurs de nombreux ministères. Tous contribuent de façon conjointe à faire avancer le projet selon leurs expertises. Actuellement, le programme est entièrement financé par l’État. L’argent provient entre autre de décrets adoptés au parlement et des fonds en provenance de la compagnie nationale d’hydrocarbures, la Petrobras (qui est l’équivalent brésilien d’Hydro-Québec). Au niveau local, chaque centre a son propre conseil d’administration constitué de simples citoyens. On cherche ainsi à faire des Casa Brasil des foyers de mobilisation et d’exercices de la citoyenneté permettant de développer une gestion communautaire et inclusive.

En matière de création d’emploi, chaque Casa Brasil compte 6 employés soit un coordonnateur par centre et un technicien-formateur pour chacune des 5 salles. C’est donc un total de plus de 6000 emplois créé par le gouvernement brésilien et ce, partout sur le territoire national. Déjà, certaines régions éloignées et peu accessibles de l’Amazonie bénéficient de Casa Brasil.Ces villages ont ainsi un meilleur accès à l’information et peuvent participer plus activement aux réalisations et à l’évolution de la collectivité nationale.

Fidèle à ses nouvelles orientations en matière de développement technologique, le gouvernement fédéral dirigé par Luiz Inacio Lula compte équiper les centres informatiques en logiciels libres.

Cette option offre au gouvernenent de nombreux avantages :

  • La réduction des coûts ( aucun frais de licences)
  • Favorise l’appropriation technologique et le développement d’une expertise
  • Favorise l’autonomie (made in Brazil, nécessite aucune importation)
  • Souveraineté nationale ( Le Brésil peut en faire ce qu’il veut. Il en est le créateur)

Ces avantages facilitent l’appropriation des TIC par la population et permettent d’augmenter le capital humain de la société brésilienne dans son ensemble comme moteur économique pouvant stimuler la croissance d’un pays.

Ainsi, comme le souligne Edgard Piccino qui est le coordonnateur du projet au niveau national : « c’est un projet qui met la science et la technologie au service du développement des arts et de la culture ». L’un des objectif avoué et de dynamiser la société civile de chaque région. Ainsi, elle mettra en perspective les valeurs et traditions qui l’animent et fera évoluer sainement l’identité brésilienne vers un nationalisme civique. Très optimiste, le gouvernement prévoit une période de seulement 3 ans pour la phase d’appropriation du projet par la population. Reste à voir comment évolueront les choses dans le réel... Une réalité demeure, cette initiative du gouvernement brésilien est une manière originale et progressiste de promouvoir l’épanouissement d’une société démocratique de plus en plus présente dans l’imaginaire brésilien.

Lien hypertexte: Communautique
Posté le 30 décembre 2005 par Philippe Cazeneuve
Posté le 30 décembre 2005 par Philippe Cazeneuve
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