Rapport d’étude ou de recherche
Une recommandation du Forum des droits de l’internet sur les jeux vidéo en ligne
Un article repris du site du Forum des droits de l’internet
Organisme de référence en matière de règles et d’usages du monde numérique, le Forum des droits sur l’internet publie aujourd’hui sa Recommandation « Jeux vidéo en ligne : quelle gouvernance ? ».
Cette 25e Recommandation constitue le premier rapport français qui étudie le phénomène du jeu vidéo en ligne dans ses diverses composantes : sociologique, économique et juridique. Il traite de toutes les formes de jeux qui existent en ligne (jeux en ligne massivement multijoueur, jeux occasionnels et consoles de jeu connectées à internet), à l’exception des jeux d’argent.
Un phénomène transgénérationnel
Le marché du jeu vidéo a véritablement explosé ces cinq dernières années. En France, selon l’Institut de l’audiovisuel et des télécommunications en Europe (IDATE), ce secteur est en forte croissance avec une progression de + 16,3 % en 2006 pour 1,62 milliard d’euros. Aujourd’hui, 28 % des Français jouent à des jeux vidéo, dont un quart sont en ligne. Ce nouvel usage touche les jeunes et les adultes et est pratiqué aussi bien par les femmes que les hommes. Dès lors, on peut parler de véritable « phénomène transgénérationnel » et le Forum a souhaité s’y intéresser pour favoriser le développement du secteur dans le respect des droits de tous.
Sommaire Des interrogations multiples sur les règles du jeu
Face à ce développement, diverses questions se posent de la part :
- des parents, inquiétés par les aspects chronophages du jeu et par la méconnaissance de ces univers très prisés par leurs enfants ;
- des joueurs, qui souhaitent connaître les droits qu’ils détiennent, notamment sur leurs créations ;
- des éditeurs de jeu, en demande d’un meilleur encadrement des activités marchandes et publicitaires à l’intérieur des jeux et de mesures efficaces pour protéger les publics sensibles.
Un processus approfondi de concertation
Le processus de réflexion a associé l’ensemble des acteurs, parties prenantes du jeu vidéo en ligne, conformément à la méthode d’élaboration du Forum. Ces travaux ont été menés pendant 18 mois et se sont déroulés sur plusieurs étapes. Ils ont débuté par l’ouverture d’un forum de discussion sur les jeux massivement multijoueur (MMOG) en collaboration avec le site JeuxOnline.info et se sont poursuivis par une rencontre-débat à la FNAC des Halles à Paris. Ces opérations introductives ont permis d’évaluer les principaux questionnements des joueurs et des parents pour aboutir à l’élaboration d’un dossier de synthèse. Le Forum a ensuite entrepris son processus de concertation multiacteur en réunissant dans un groupe de travail pendant un an, les représentants des utilisateurs et des acteurs économiques ainsi que des experts et des observateurs des pouvoirs publics.
Des propositions concrètes
La Recommandation s’adresse aux joueurs, aux parents et éducateurs, aux éditeurs et sociétés tierces ainsi qu’aux pouvoirs publics. Elle vise à les informer sur les règles applicables en matière de jeu vidéo en ligne. Elle fait des propositions pour répondre de manière concrète à leurs principales interrogations. Ainsi, en matière de contrôle du temps de jeu, le Forum préconise d’introduire la notion de fatigue des personnages et de diffuser des messages d’information dans les fenêtres de dialogue. Il propose de contextualiser les publicités en prenant en compte la classification d’âge du jeu. En ce qui concerne les aspects relatifs à la pédagogie et à l’information, le Forum insiste sur la nécessité de traduire et localiser les règles des jeux. Il préconise la création d’un site sur le jeu vidéo, à l’initiative des pouvoirs publics, mutualisant les ressources d’éditeurs et d’experts, afin d’apporter aux parents et aux éducateurs une information claire sur les conséquences et les atouts de ce loisir.
Pour aller plus loin
Synthèse et principales recommandations
Jeux vidéo en ligne : quelle gouvernance
9 novembre 2007
les recommandations
Rapport de l’initiative européenne i2010 sur l’insertion numérique
Ce rapport très détaillé (191 pages en anglais) fait le point sur l’état d’avancement dans les pays de l’Union européenne de l’initiative sur l’e-inclusion, par rapport aux objectifs fixés pour 2010 lors de la Conférence de Riga en 2006.
J’ai résumé quelques passages du début du texte qui fait un point sur la situation de l’e-inclusion en Europe et constate que les objectifs fixés à Riga ne pourront pas être atteints.
La suite du rapport est très intéressante, puisqu’elle préconise les élements cadres de la politique européenne des années à venir, mais demande pas mal de temps pour faire une traduction synthétique en respectant bien les nuances du texte. Donc à suivre ...
European i2010 initiative on e-Inclusion, "To be part of the information society" Impact Assessment
sous-titre : European i2010 initiative on e-inclusion "No one left behind in the information society"
Les objectifs de la déclaration de Riga ne seront pas atteints
La déclaration de Riga identifiait 6 points clés et objectifs :
personnes agées & TIC,
fossé géographique,
e-accessibilité ( usage des TIC par les personnes handicapées),
alphabétisation et compétences numériques (digital literacy),
TIC au service de la diversité culrturelle,
e-administration inclusive.
Les données recueillies lors des dernières études en 2006 montrent que peu de progrès ont été réalisés dans ces domaines.
Taux d’usages :
Par exemple, les pourcentages d’usage régulier d’internet en 2006 comparé à (celui de 2005) pour les 27 pays de l’Union Européenne étaient de :
– 71% (68%) pour les 16-24 contre seulement 10% (10%) pour les 65-74 ans ;
76% (73%) pour les européens disposant d’un niveau d’études supérieur contre seulement 25% (24%) parmi les européens ayant un niveau d’éducation élémentaire.
58% (54%) parmi ceux qui ont un emploi contre 36% (32%) parmi les demandeurs d’emploi.
51% parmi les habitants des zones densément peuplées contre 35% pour ceux qui résident dans les zones d’habitat dispersé.
E-accessibilité :
En moyenne pour les 27 pays de l’Union Européenne seuls 5% des sites web publics sont conformes aux normes minimum d’accessibilité requises.
Fossé géographique :
89% de la population des 27 états membres de l’Union Européenne réside dans une zone couverte par un accès haut-débit (92% dans les pays de l’europe des 15). Mais les lignes de fractures géographiques persistent dans les zones rurales où la moyenne de couverture s’établit plutôt à 71%, avec des vitesses de connexion plus faibles et moins d’alternatives dans le choix de l’opérateur.
Compétences numériques :
Seuls 57% des européens ont les compétences de bases dans l’usage d’internet et d’un ordinateur. Compte-tenu du faible niveau d’exigence de l’enquête sur ces compétences de base, cela reste très insuffisant pour pouvoir imaginer tirer pleinement profit des TIC.
e-administration :
En 2006, parmi la population des 27 pays de l’Union européenne agée 17 à 74 ans :
21% utilisent les e-services pour obtenir de l’information ;
13.3% téléchargent des formulaires ;
8.8% effectuent des transactions.
En comparant avec les données 2004 et 2005, on constate un développement très faible de ces usages.
Personnes agées & TIC :
Les données d’enquête montrent que les objectifs fixés par la Conférence de Riga pour 2010 ne seront pas atteints et que les progrès réalisés dans le développement des usages sur cette tranche d’âge de la population sont faibles.
Elèves et enseignants face au numérique : un choc de cultures
Culture loisirs numériques / culture livresque : nombre d’enseignants supportent mal l’invasion du langage SMS dans l’expression des adolescents ou le temps qu’ils passent devant les écrans (TV, jeux vidéos) au détriment de la lecture. La civilisation du ludique et de la facilité se confronte aux valeurs de la patience et du travail sérieux.
Apprentissage autodidacte / enseignement certifié : les professeurs tirent leur légitimité à enseigner, d’une formation axée sur l’acquisition de savoirs et la réussite à un concours sélectif. Ils dévalorisent les apprentissages autodidactes (y compris les leurs) réalisés en dehors d’un fil conducteur méthodique et garantis par une évaluation certifiante.
Les freins à l’intégration des TICE dans les pratiques des enseignants
Une majorité des enseignants sont sceptiques sur l’efficacité pédagogique des TICE et perçoivent l’engouement des responsables politiques comme une mode passagère.
Le syndrôme du « Copier-coller » : les professeurs reprochent aux élèves de céder à la facilité de recopier des contenus sur internet au lieu de produire un travail personnel et se méfient donc de ce que les élèves font avec cet outil de façon autonome à la maison.
L’épouvantail des « dangers de l’internet » : incapables de maîtriser et de prévenir les mauvaises manipulations des enfants, certains enseignants ou chefs d’établissement préfèrent interdire l’accès à internet, protégeant ainsi leur responsabilité individuelle.
Le modèle du « maître omniscient » : la peur d’être pris en flagrant délit de ne pas savoir ou pire que les élèves sachent mieux qu’eux. Les situations d’usages des TIC à l’école fournissent aux adolescents des occasions de défier les professeurs, d’inverser les rôles en les mettant en difficulté face à leur ignorance.
La pratique du cours magistral avec correction collective des exercices fait individuellement, se prête davantage à une utilisation des TICE par les seuls professeurs pour préparer leurs cours, plutôt qu’à un usage par les élèves en classe.
Les enseignants sur-estiment les compétences réelles des élèves et sous-estiment les leurs.
Les enseignants sont le plus souvent seuls avec leur classe alors que la mise en oeuvre des TICE nécessite une assistance technique et un encadrement par 2 adultes.
Les pratiques des élèves comme levier de changement ?
« Je me suis fait avoir avec le copier-coller et j’ai commencé à réfléchir sur mes pratiques, ce que je veux transmettre et comment, je dois le reconnaître, cela m’a fait changer ... j’ai recentré ma pédagogie »
Certains enseignants ont pris la mesure du problème et s’engagent dans une relation d’échange intergénérationnel, en vue d’apprendre conjointement la distance critique nécessaire dans les usages d’internet et de sortir d’une rivalité conflictuelle stérile.
Les compétences cognitives mobilisées dans l’utilisation de l’ordinateur et le rôle des médiateurs
Les résultats de cette étude concernent également d’autres publics dits "éloignés" ou non, interrogent les « médiateurs aux TIC » sur leur positionnement et tentent d’amener vers quelques pistes d’action.
Ce travail de recherche-action a été mené par Céline Jacob dans le cadre des activités menées par le centre icom’ (un projet du Programme France de Handicap International). Il s’inscrivait dans un DEA de Sciences de l’éducation " Pratiques éducatives et mutations sociales ".
L’ étude est communiquée dans sa version complète.
Sa première partie pose un constat et une analyse des difficultés cognitives que peuvent rencontrer les personnes traumatisées crâniennes dans l’ utilisation de l’outil informatique.
Les seconde et troisième parties concernent la place de la médiation et la place des compétences cognitives mises en place et développées dans l’usage de l’ordinateur.
La quatrième partie rend compte de quatre parcours individuels.
La cinquième partie propose une analyse psycho cognitive à partir des éléments récoltés.
Pour plus d’informations sur cette étude contacter le centre icom’
Les machines à voter françaises : un outil de discrimination sociale très efficace
Voici un extrait du compte-rendu d’étude réalisée auprès d’un échantillon de seniors
"Trois machines à voter seront utilisées lors des prochaines présidentielles par près d’un million et demi d’électeurs. Les villes ayant choisi ce mode de scrutin sont passées directement du vote manuel au « tout électronique » : ce que veut dire que dans ces villes la machine à voter sera le seul moyen pour exprimer son choix. En plus du risque de fraude qu’on évoque beaucoup, à juste titre, se pose le problème de l’accessibilité aux populations sensibles (seniors, personnes handicapées, analphabètes technologiques). Les trois systèmes de vote qui équipent désormais les bureaux de vote français se veulent accessibles à tous les électeurs. Nous avons déjà montré, dans une première étude, que ces systèmes donnaient très peu de chances à une personne déficiente visuelle de voter normalement. L’objet de cette seconde étude est d’évaluer l’accessibilité de ces systèmes aux seniors.
(...)
Nous avons pu réaliser des tests utilisateurs sur une des 2 machines : Indra. Ce sont 7 seniors âgées de 64 ans à 77 ans (moyenne d’âge72,33) qui ont effectué les tests utilisateurs. Il leur était demandé de voter pour une liste de 10 candidats. Signalons qu’ils faisaient partie de catégories socio professionnelles favorisées : professions intermédiaires ou cadres supérieurs. Les résultats sont éloquents : sur 7 seniors placés dans des conditions idéales (pas de bruit, de pression, pas de contraintes de temps), seuls 3 ont réussi à voter. Et surtout sur ces 4 échecs, 3 se sont trompés dans leur vote, le quatrième n’ayant pas réussi à voter. La durée moyenne de vote ayant été 3,5 fois plus longue que pour le groupe de contrôle. Sur ces 4 seniors ayant échoué, 2 avaient des connaissances technologiques de base (utilisation du distributeur de billets, bornes), les 2 autres n’en avaient aucune.
(...)
Signalons que les plus de 65 ans représentent 10,2 millions d’électeurs.en France, et qu’actuellement on estime que plus de 80% d’entre eux n’ont aucune connaissance en informatique. Les seniors et les déficients visuels représentant près de 25% des électeurs (sources Insee et France Elections). Même s’il est difficile d’estimer quel est le pourcentage de seniors qui pourront voter normalement, il est certain, au vu de cette étude, qu’une grande majorité d’entre eux auront de très sérieux problèmes …… s’ils osent se présenter face à la machine. Signalons que les défauts ergonomiques importants de ces 2 machines seront aussi des obstacles pour les autres exclus de la technologie : seniors plus jeunes, analphabètestechnologiques, autres types de handicaps. Donc une source de discrimination importante."
Le travail d’évaluation est la synthèse d’évaluations effectuées par quatre experts reconnus en accessibilité et/ou du vote électronique (Gérard Uzan, chercheur aveugle, Université de Paris 8 – Walter Cybis, Université de Santa Catarina, Brésil – Odile Martial, Ecole Polytechnique de Montréal – Gabriel Michel, Université Paul Verlaine, Metz) ainsi que par des étudiants de Master en Interaction Humains Machines et de Master de psychologie du travail de l’université de Metz..




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