Technologies

Haut débit

Renaissance Numérique s’offre un coup de pub à l’occasion de la sortie de l’Iphone en France

Où comment déguiser une action de lobbying sur l’affectation des fréquences hetziennes libérées par le passage à la TNT en action philantropique pour l’accès pour tous (et partout) à internet.

Rappelez-vous, en avril dernier « Renaissance Numérique », un think tank rassemblant une majorité de dirigeants d’entreprises du monde du net et quelques universitaires, proposait dans un livre Blanc intitulé « 2010, Internet pour tous », 15 mesures pour réduire la fracture numérique.

J’ai publié à l’époque une analyse critique de ces 15 mesures développées dans ce rapport d’une centaine de pages.

Une opération de marketing bien orchestrée

Cette opération de marketing bien orchestrée (voir liens ci-dessous), appelle quelques commentaires.

Le fond du discours n’a pas changé et la quinzaine de mesures médiatisées au printemps constituent toujours la toile de fond de cette « pressée d’automne », comme on dit dans le monde du jus de pommes .

Mais les yeux et les oreilles attentives auront remarqué quelques nouveautés :

  • Renaissance Numérique réclame la nomination d’un Secrétaire d’état en charge du développement numérique.
  • Bien placée au coeur de ce dossier vidéo, on trouve une supplique à propos du « dividende numérique », entendez la question des fréquences hertziennes basses libérées par le passage à la TNT et que les opérateurs se disputent aprement. L’enjeu : l’accès à internet en mobilité.

(pour mieux comprendre le sujet lire l’article de Michel GÉA sur DSLvalley (oct. 2007. On y trouve aussi une liste détaillée des membres du think tank. Pour ceux qui ont le temps et qui veulent approfondir le sujet L’ARCEP publie un grand dossier sur le dividende numérique)

Lutter contre la pauvreté ... ça peut rapporter gros !

Il y est même question du 1% de croissance supplémentaire qu’une lutte contre la fracture numérique pourrait apporter à la France.

Ben, si en plus ça devient rentable de s’occuper des pauvres et des exclus, peut-être faudrait-il en importer davantage d’autres pays, vous croyez pas ?

(D’accord, ça c’est un peu de la mauvaise foi de ma part, mais quand j’entend des types respectables énoncer sérieusement des conneries aussi grosses que ça, je me demande vraiment où ils ont appris à compter !)

Lien hypertexte: Renaissance Numérique
Posté le 29 novembre 2007 par Philippe Cazeneuve
Posté le 29 novembre 2007 par Philippe Cazeneuve
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Le Département de La Réunion fait sa rentrée scolaire sous le signe du haut-débit

L’île de La Réunion propose un réseau global d’accès au haut débit pour tous les collèges dans le but de réduire de façon significative la fracture numérique.

En 2006, le CREDOC ( Centre de Recherche pour l’étude et l’Observation des Conditions de Vie, Enquête « Conditions de Vie et Aspirations des Français » 2006) affichait des chiffres inquiétants sur l’accès aux technologies de l’information depuis les lieux d’étude en France : alors que le taux d’équipement des ménages avait triplé en 3 ans, la proportion de jeunes qui disposent d’un accès à Internet au collège ou au lycée n’a que faiblement progressé. En outre, parmi ceux qui ne disposent pas d’un accès Internet sur leur lieu d’études, 43% n’en ont pas non plus chez eux. Au total 23% des jeunes français n’ont accès à Internet ni depuis leur lieu d’études, ni depuis leur domicile, et cette proportion n’a pas évolué entre 2004 et 2006.

Le défi

En décembre 2002, le Département vote ses orientations stratégiques, dans le domaine des TIC, dont un des objectifs est « d’assurer l’accès au haut débit pour l’ensemble des collèges », afin de permettre une égalité d’accès pour les collégiens, quelque soit la situation géographique de leur établissement. Sur la base des résultats d’un audit technique, et en partenariat avec le Rectorat qui s’est associé très vite au projet, le Département lance rapidement des travaux de mise à niveau et de sécurisation des réseaux informatiques des collèges. A l’issue de deux années de travail, tous les collèges de l’Ile sont conformes aux préconisations du ministère de l’Education Nationale, et permettent un accès Internet unique et sécurisé. La phase 2 du projet, réalisée par la société AGH Consulting, a permis de dresser une cartographie des accès Internet des collèges et des offres du marché. Elle a également permis d’évaluer les besoins des collèges réunionnais à horizon 3-5 ans. Afin de parvenir à une égalité entre les collégiens, le Département a donc décidé de lancer un chantier de raccordement de l’ensemble des collèges au haut-débit, avec un objectif simple : harmoniser et améliorer les performances des accès à Internet de l’ensemble des collèges publics du département. Mise en œuvre et résultats L’année 2005 a permis d’obtenir l’adhésion de tous les établissements au projet. En parallèle, un appel d’offres a été lancé pour recruter une société capable de mettre en œuvre ce vaste chantier, au terme duquel le groupement France Télécom / Idom Technologies a été retenu, en septembre 2006.

Depuis juin 2007, 72 collèges et plus de 60 000 collégiens ont accès au haut-débit grâce à ce projet.

Le Département souhaite désormais aller plus loin, et développer les usages et les pratiques des TIC au sein des collèges mais aussi des foyers réunionnais. Deux projets ont ainsi été votés par la Commission Permanente : la mise en œuvre prochaine d’un environnement numérique de travail (ENT) dans les collèges, et l’attribution, à titre expérimental, d’ordinateurs portables aux élèves de 6ème de 9 collèges situés en zone rurale.

Posté le 17 septembre 2007 par Yasmina Madafi
Posté le 17 septembre 2007 par Yasmina Madafi
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Guide "EPN & Ecole" - 6) Des projets à la pointe de l’innovation

Besançon, bastion de l’innovation numérique

Philippe Cazeneuve, consultant (Savoir en actes)
De Vauban, la capitale de Franche-Comté a hérité d’une forteresse ... et des bases d’un réseau d’égouts visitables permettant de déployer un réseau à très haut débit à moindre coût. Capitale de l’horlogerie française au 19ème siècle, elle a suivi les évolutions technologiques pour devenir un pôle européen des industries de précision (microtechnique, robotique...). Un contexte historique porteur pour se projeter dans l’avenir ...

Une ville en pointe en matière de numérique depuis 1994

Première collectivité locale française à constituer un réseau métropolitain en fibres optiques en 1994, le réseau Lumière de Besançon dessert aujourd’hui 170 sites d’une dizaine d’administrations (Ville, Université, Rectorat, Conseil Général, CHU, Région, ...). Utilisé dès 2000, pour faire de la téléphonie sur IP, loué aux opérateurs privés pour le dégroupage de la boucle locale, l’infrastructure mutualisée dans le cadre d’un syndicat mixte se révèlera au fil du temps un vecteur essentiel du développement des projets TIC.

Dans le domaine de l’éducation, en 1999 un extranet de gestion est implanté entre les 40 écoles et les services de la ville afin de simplifier les procédures administratives et de raccourcir les délais d’intervention des agents municipaux, via une messagerie interne et des formulaires de demande en ligne. En 2001, toutes les écoles primaires se voient dotées de 3 ordinateurs par classe, d’une salle dédiée, d’un accès internet à 54 Mbit/s ... C’est l’opération « 1000 ordis @ l’école », 300 classes équipées avec du matériel d’occasion reconditionné, qui porte le taux s’équipement des écoles à 1 ordinateur pour 5 élèves (contre 1 pour 20 en moyenne nationale à l’époque).

En 2002, l’opération « Besançon.clic » initiée par la ville dote tous les élèves rentrant en CE2 d’un ordinateur fixe à leur domicile, toujours du matériel d’occasion recyclé, avec une connection internet et les mêmes logiciels éducatifs que ceux utilisés à l’école (Coût annuel par élève : 60 €). Aujourd’hui, ce sont 5.000 familles qui ont pu être ainsi équipées. L’offre matérielle s’accompagne de séances d’initiation (12 h), dispensées dans les 5 espaces publics numériques « Cyber-base » de la ville.

Dans la foulée en 2005, la Communauté d’agglomération de Besançon fait partie des sites pilotes qui expérimentent les Espaces Numériques de Travail, portails éducatifs proposant des services pour les échanges d’informations entre l’établissement scolaire, les enseignants, les élèves (carnet de liaison, agenda électronique, messagerie, forum, mini-sites internet). En 2008, le portail éducatif sera ouvert aux parents, en même temps et avec une interface homogène, qu’une offre de téléservices de la Ville et de l’Agglo (télépaiement cantine, eau, ordures ménagères, inscriptions crèches municipales, ...) .

Aujourd’hui, Besançon s’apprête à diffuser son expérience. Le portail éducatif 100% open source va être déployé dans d’autres collectivités et la ville apporte son concours à l’opération « Sénéclic », lancée au Sénégal en s’inspirant des « 1000 ordis @ l’école ».

Les points forts de la démarche

Du point de vue du pilotage et des choix stratégiques :

  • Les projets sont impulsés directement par Claude Lambey, directeur du service informatique de la Ville, et relayé par un portage politique fort depuis 2001 (le Maire, Jean-Louis Fousseret, est informaticien de profession).
  • Les premiers projets ambitieux ont été développés avec le souci d’un investissement au moindre coût et avec un retour sur investissement réalisé grâce aux économies de fonctionnement (factures téléphoniques, maintenance, ...).
  • En mettant en place un partenariat avec les principaux opérateurs publics auxquels elle apporte des services représentant une réelle plus-value économique (gains de temps et d’argent), la collectivité a acquis une légitimité dans l’impulsion et le pilotage d’initiatives à base de TIC.
  • Fournisseur d’accès et de matériel, hébergeur de contenus, la Ville se retrouve en position de force pour négocier les partenariat avec les éditeurs de logiciels et avoir une maîtrise d’oeuvre complète sur les projets impulsés.
  • La conception et la mise en oeuvre de dispositifs inédits en s’appuyant sur des ressources locales. Ex : partenariats avec des banques régionales pour récupérer et faire recycler les parcs d’ordinateurs obsolètes par un Centre d’Aide par le Travail.
  • L’animation de la démarche s’appuie sur des groupes de pilotage impliquant les partenaires.

Du point de vue des choix techniques :

  • Les faibles performances des machines utilisées comme simple terminaux sont compensées par le réseau à très haut débit qui permet d’installer des serveurs puissants sous Linux dans les services informatiques de la Ville, hébergeant données et applications. Cette centralisation facilite les opérations de maintenance, ce qui permet d’avoir des postes le plus souvent opérationnels à moins coût.
  • En 2004, lors de la première distribution de machines dans les familles, 40 % des enfants recevaient leur premier ordinateur. L’impact en terme d’égalité d’accès à l’outil est donc réel.

Quelques difficultés rencontrées

Du côté des partenaires Education nationale et collectivités :

  • La résistance du milieu enseignant au démarrage du projet : par rapport à la politique volontariste de la collectivité, ce sont des partenaires à convaincre. Avec le temps, les services rendus et l’opérationnalité des solutions retenues en font des outils indispensables.

Du côté des parents :

  • Les modules d’initiation proposés aux parents ont connu un fort taux d’abandon (60 %). Parmi les causes possibles : manque de motivation, horaires trop tardifs, mauvaise maîtrise du français, adéquation des contenus proposés par les encadrants, ...
  • Certaines familles modestes ne disposent pas de ligne de téléphone fixe et privilégient le mobile. Cela rend impossible la connexion internet, alors même que la Ville offre le forfait.
Lien hypertexte: Ville de Besançon
Posté le 14 septembre 2007 par Philippe Cazeneuve
Posté le 14 septembre 2007 par Philippe Cazeneuve
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Journée d’étude Elus-Professionnels

Pratiques innovantes d’Internet en médiathèques

Rennes le 20 septembre 2007
Rennes, Les champs libres - 20 septembre 2007

Un article repris du site de la COBB

L’utilisation de l’Internet est devenue pour nombre d’entre nous une réalité du quotidien. Egalement pour les services municipaux que sont les médiathèques.

Mais qu’en est-il exactement aujourd’hui ?

Face aux nouveaux usages de l’Internet toujours plus gourmands en bande passante, les médiathèques sont-elles moyennement ou fortement raccordées à l’Internet haut-débit ?

Face à la diversité des usages Internet, quelles sont les demandes des publics ?

Quels sont les usages innovants, à forte plus value, essentiels pour la médiation qui constitue le coeur de notre métier ?

Comment les professionnels des bibliothèques se sont-il appropriés les nouveaux outils ?

Pour répondre à ces questions, la COBB a conçu avec ses partenaires et ses adhérents une journée d’étude de grande qualité qui veut tracer des perspectives concrètes pour qu’élus et professionnels puissent demain construire les services significatifs dont nos habitants et nos territoires ont besoin.

Découvrez le contenu de cette journée qui commencera en avant première et en présence d’élus de villes de différentes tailles par la restitution de l’enquête réalisée en partenariat avec le Groupement d’intérêt scientifique M@rsouin sur les raccordements et usages d’Internet en médiathèques.

Avec notamment

  • Développement et perspectives des usages, Jacques François Marchandise
  • la diffusion des savoirs et l’espace public de la connaissance, André Lespagnol
  • Analyse qualititative des freins et motivations aux usages d’internet en bibliothèques
  • Des biens publics aux bien communs, Michel Briand
  • Paroles d’élus Yann Texier
  • Etat des lieux des raccordements haut débit en Bretagne, Jean Yves Vern
  • Le wi-fi pour un territoire et ses habitants, Willy Dupond (Blanquefort)

Les ateliers

Enjeux et déroulement des ateliers

A partir des questions préparées par les organisateurs de la journée et de celles postées sur le blog, des résultats qualitatifs et quantitatifs de l’étude régionale sur les raccordements et usages d’Internet en bibliothèque, et des retours d’expérience présentés, les participants aux ateliers auront l’occasion au cours de ce temps de travail d’une heure et demie de nourrir la réflexion, dégager les tendances majeures sur les différents aspects de la thématique et d’envisager pour l’avenir des pistes pour de nouvelles expérimentations.

Le temps de travail en atelier se déroulera de la manière suivante :

  • * sur la thématique de l’atelier, l’animateur présentera l’état de l’art, les résulats qualitatifs et quantitatifs de l’enquête et procédera à une mise en perspective de l’ensemble des éléments (15’)
  • les intervenants de l’atelier présenteront leur retour d’expérience (10’ minutes de présentation suivies de 10’ minutes de débat pour chaque intervention)
  • l’animateur procédera ensuite à la synthèse des idées et tendances les plus marquantes (15’)

Un rapporteur participera à chacun des ateliers : il aura pour mission de relever les idées et les questions les plus significatives pour réaliser une synthèse qui sera mise en ligne sur ce blog dans la semaine qui suivra la journée.

Atelier 1 : les usages d’Internet par et pour les professionnels

Retours d’expérience

  • Alphabib, outil collaboratif pour améliorer l’accueil des personnes handicapées à la bibliothèqe > Ramatoulaye Fofana-Sevestre, Bpi, mission lecture et handicap
  • Cartolis 2 > James Eveillard, directeur de la bibliothèque municipale de Baud, Jean-Paul Bertho, maire de Baud
  • Extranet collaboratif de la médiathèque départementale de prêt du Tarn-et-Garonne, responsable informatique

Animateur : Dominique Ferré, responsable des périodiques Service commun de documentation de l’Université Rennes 2

Atelier 2 : l’accompagnement des publics, la médiation numérique

Retours d’expérience

  • L’Ouest en mémoire > Christine Angoujard, déléguée régionale INA-Atlantique, Cyrille Noël, médiathèque municipale de Lanester

Animatrice : Isabelle Bailliet, chef de projet réseau documentaire

Atelier 3 : les ressources et services Internet à distance proposés par la bibliothèque

Retours d’expérience

  • Les enjeux de l’OPAC 2.0 de la médiathèque de Saint-Herblain > Yves Aubin, directeur
  • Les bouquets numériques mis à disposition des bibliothèques municipales du réseau de la médiathèque départementale du Cantal > Sylvie Puechbroussoux, responsable du service livre et lecture
  • Les services Internet proposés par la Bibliothèque multimédia francophone de Limoges > Daniel Le Goff, directeur

Animatrice : Annie Coisy, directrice du Service commun de documentation de l’Université de Bretagne Sud

Atelier 4 : L’intégration du projet TIC dans le projet d’établissement

Retours d’expérience

  • Médiathèque municipale de Saint-Jacques-de-la-Lande > Françoise Sarnowski, directrice
  • Réseau des bibliothèques municipales de la ville de Brest > Isabelle Le Cornec, responsable informatique et multimédia

Animatrice : Marine Bedel, conseillère livre et lecture DRAC Bretagne

Posté le 30 août 2007 par Michel Briand
Posté le 30 août 2007 par Michel Briand
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République 2.0 : Mobilité, Equité, Convivialité

A la recherche d’un nouveau triptype à inscrire au frontispice des portails locaux des territoires numériques ... République 2.0

Une « révolution numérique » pour « changer de logiciel » ?

La campagne pour les élections présidentielles a donné lieu de la part de chaque candidat, a des propositions en matière de politique numérique. Un certain nombre de lobbyistes y sont allés de leurs propositions (Renaissance numérique) ou de leurs questionnaires à destination des candidats (Le Monde Informatique, Netpolitique, candidats.fr ...) Nous avons tenté de les répertorier (voir « Lutte contre l’exclusion numérique : que proposent les 2 candidats à la présidentielle ? » scénario N°1 : Sarko Président ) et d’analyser certaines propositions (voir « 2010, internet pour tous ? »).

L’impression générale qui se dégage de la lecture de ces programmes à court terme, est qu’à droite comme à gauche en passant par le centre, les fondamentaux semblent les mêmes sur bien des points et qu’ils ne permettent pas de distinguer des formes d’action publique bien distinctes.

A plusieurs reprises dans la campagne, venant de divers bords se proposant de rénover la vie politique, l’expression « il faut changer de logiciel » a fait florès. Contaminé par le buzz ambiant autour du « web 2.0 », le rapport Rocard se lance ainsi à parler de « République 2.0 », version high tech de la « VIème République », pour ceux qui trouveraient les chiffres romains un peu ringards. Pourtant, pas grand chose dans la centaine de propositions de ce rapport qui soit capable d’insuffler au lecteur un semblant d’enthousiasme. Les technomarketeurs nous chantent à tue-tête la « révolution numérique », pendant que les technocrates fredonnent une évolution logicielle mineure se contentant de corriger quelques bugs.

Et si nous essayions, plutôt que de « changer de logiciel », de réinterroger quelques paradigmes (postulats de départ plus ou moins explicites) qui ont guidé jusqu’ici les politiques publiques et d’en imaginer d’autres, plus conformes aux enjeux de demain.

A chacun son Net

Plutôt que de promettre un « Internet pour tous » , aidons chacun à construire les réseaux de communication qui lui conviennent, avec toutes les technologies disponibles, mais aussi en plaçant l’humain au coeur de ce système d’échange et non plus comme un satellite exilé en périphérie des réseaux composés de machines. « A chacun son Net »  : réseau de proximité ou réseau mondial, autoroutes de l’information ou sentiers libres de la connaissance, fibres optiques à très haut débit et technologies sans fil, ... la diversité des approches et des besoins doit êre cultivée et non pas contrariée au nom de l’efficacité et de la rentabilité économique. Rentabilité pour qui ? Pour faire quoi ?

On a construit des autoroutes de l’information sur le modèle de nos autoroutes à péage ou de nos lignes TGV : elles traversent les campagnes, mais ne s’y arrêtent pas ; ou bien encore à l’image de nos boulevards périphériques sur les bords desquels habitent dans des HLM des familles pauvres qui n’ont pas toujours de voitures et qui contemplent la voie rapide depuis leurs fenêtres, en profitant des nuisances, mais pas de la valeur ajoutée en matière de déplacement.

Nous sommes peut-être en train de construire des autoroutes de l’information à très haut débit qui auront pour effet de maximiser les plus-values sociales, culturelles et économiques de ceux qui sont déjà les plus nantis en capital social, culturel et économique. Confirmant ainsi l’adage qu’on ne prête qu’aux riches.

Aujourd’hui l’Etat et certaines collectivités soutiennent par des incitations financières ou fiscales, l’équipement de particuliers en panneaux solaires photovoltaïques, les faisant ainsi accéder du statut de simples consommateurs d’énergie à celui de producteur d’électricité, revendue sur le réseau. Sur ce principe, il s’agit d’imaginer le potentiel d’une société dans laquelle un réseau de communication symétrique ferait de chaque abonné un centre d’information et de ressources capable d’alimenter d’autres membres du réseau, et non pas seulement le consommateur d’un bouquet de services composé à son attention dans un nombre très restreints de lieux de production.

Le mythe du tout numérique

Si la Révolution française a connu ses « sans-culottes », la Révolution numérique semble conduite par des adeptes du « sans-papier » : des technophiles, apôtres du tout numérique .

Une idée très largement développée voudrait laisser croire que plus l’administration rendra accessible ses services par Internet et moins l’on aura besoin d’agents dans les accueils. Le spectre d’une administration totalement numérisée, accessible uniquement par le web, avec un accompagnement par de simples centres d’appels, menace.

La demande des usagers va vers la simplification des démarches administratives et vers la possibilité d’un contact personnalisé : une administration avec «  moins de paperasse  » ! Mais en interposant entre l’usager et les services administratifs, un portail de services en ligne souvent limités au téléchargement de formulaires, cela ne constitue pas une avancée réelle vers le « moins de paperasse » ! Il semble plus porteur pour l’avenir d’imaginer de valoriser la fonction des agents accueillant le public dans les bureaux, au téléphone, par mail, par courrier, en les dotant de systèmes d’information performants et de délégations d’action afin qu’ils soient en mesure d’apporter des informations en temps réel sur les demandes en cours et ce faisant de regagner du crédit auprès du public. (Pour approfondir cette question, voir Administration électronique assistée par l’humain ou services de proximité aidés par le numérique ?)

De quel Progrès voulons-nous ?

La course en avant vers un progrès technologique plein de promesses pourrait nous entraîner, si nous ni prenons garde, vers un développement insoutenable. Le progrès humain devrait être l’étalon permanent du développement de la technologie. A l’environnement technologique de s’adapter à l’homme, lequel doit s’adapter à son ecosystème naturel.

Et si nous nous amusions à revisiter notre devise républicaine Liberté, Egalité, Fraternité , afin de dégager les valeurs-clés qui pourraient à l’avenir organiser le champs d’action des politiques publiques en matière de numérique ? Plutôt que de lister un catalogue de propositions à mettre en oeuvre, cette entrée en matière présente l’avantage d’interroger le sens et de dégager les grandes lignes prospectives des scénarios de politique-fiction. Nous proposons de réfléchir autour de 3 idées refondatrices du vivre ensemble à l’ère du numérique : Mobilité, Equité, Convivialité .

(Rem : Si vous en avez d’autre à proposer, vous êtes les bienvenus, n’hésitez pas à faire vos remarques dans les commentaires.)

Mobilité

L’ identité numérique de l’humain et de sa sphère personnelle ou professionnelle : numéros de téléphone, adresses mail, identifiants de messagerie instantanée, adresses web, avatars, ... tend à devenir indépendante d’un lieu fixe, accompagnant ainsi l’individu dans sa mobilité spatiale, professionnelle et culturelle.

  • Nomadisme : Internet évoluant vers le Mobilnet (pour reprendre la formule de Joël de Rosnay dans L’internet du futur) afin de coller aux besoins des utilisateurs itinérants, la permanence et l’ubiquité de l’accès au réseau prime sur la possibilité de disposer du très haut débit.
  • Ubiquité : un accès aux réseaux partout et tout le temps, Internet évoluant vers un Omninet succeptible de fédérer tous types de réseaux d’échange de données grâce aux évolutions du protocope IP (voir le projet de réseau pervasif selon Rafi Haladjian).

Equité

A chacun selon ses besoins , avec ou sans technologies, avec des technologies différentes et complémentaires, la société doit valoriser un mode d’ accès multimodal à l’information, la communication et la connaissance.

  • Echanges entre pairs : faisons l’hypothèse que chaque être humain est créateur de richesse et que cette richesse mérite d’être partagée, échangée, diffusée. Faisons le pari d’une société basée sur des échanges symétriques , dans laquelle chacun serait tour à tour, émetteur ou récepteur, un usager initial potentiellement créateur ou co-producteur de contenus.
  • Premier kilomètre : Pour construire un bâtiment on commence par poser la première pierre. Pour construire un réseau, il faut commencer par le premier kilomètre. Mais le réseau doit partir de l’usager, non plus final mais initial, et aller à la rencontre d’autres usagers pour constituer un réseau. Plutôt que de parler d’ utilisateur final et de dernier kilomètre de la boucle locale, inversons la vapeur comme nous le suggérait Jacques-François Marchandise il y a 5 ans déjà (voir Libérer le premier kilomètre).
  • Le chainon humain : Ne peut-on pas imaginer en mixant les technologies comme le font les initiateurs de Metropolitan Area Networks (MAN) (voir l’initiative récente de la Ville de Blanquefort) ou de Rural Area Networks (RAN) (voir Rencontres du Wi-Fi rural 2007), un réseau où un certain nombre d’abonnés reliés haut débit, sont eux-même relais via des émetteurs wi-fi ou Wimax pour le reste du réseau ? Et si sur le modèle de la Grameen Bank au Bengladesh (voir Allo, je vous appelle de Parulia - Courrier de l’Unesco Juillet-Août 2000 ), nous imaginions de proposer à des particuliers situés dans des zones mal desservies, des micro-crédits pour devenir un des maillons d’un réseau à (très) haut débit à l’échelle humaine ?
  • Accessibilité : Chacun doit pouvoir accéder à l’information et aux services, à la diffusion des connaissances et à la communication interpersonnelle, avec ou sans les moyens technologiques de son choix et compte-tenu de ses déficiences éventuelles.

Convivialité

Comment vivre ensemble en bonne intelligence dans un monde où la mobilité des personnes, des biens et des idées multiplie les rencontres frontales entre des cultures et des valeurs différentes, voire contradictoires ? Quels choix politiques pour le numérique permettent d’y contribuer ?

  • Abondance de Biens communs ne nuit pas : Une économie des biens immatériels fondée sur l’abondance permet la coopération plutôt que la compétition (voir Jean-Michel Cornu La coopération, nouvelles approches ).
  • Logiciels et contenus ouverts : la libre circulation et l’appropriation des idées par tout un chacun doivent être encouragées et stimulées. Les logiciels libres « open source » et les licences de droits d’auteur Creative commons participent de cette ambition.
  • L’infostructure des territoires numériques : Dans une économie des biens immatériels, au-delà des infrastructures , les collectivités se doivent de développer les infostructures  : portails locaux, géolocalisation de contenus tagués par les producteurs et les utilisateurs (Tout Rennes blogue), noeux d’échange locaux ... comme nous le suggère Claude Combes (voir Les MIX, pour territorialiser l’Internet). La culture et les savoir-faire sont liés aux communautés et aux terroirs et ils contribuent à fabriquer les identités individuelles et collectives. Impossible de savoir où l’on va en ignorant d’où l’on vient.
  • Accompagner les usages : c’est proposer de la médiation et de la formation, mais aussi intervenir en amont sur l’ utilité des services et l’ utilisabilité des interfaces homme-machine , en associant les usagers au processus de conception et en les encourageant à détourner les objets technologiques de leur usage premier. (voir une présentation succinte des travaux de Philippe Mallein L’utilité précède l’usage).
  • Encourager des réseaux de sociabilité ouverts : les réseaux de personnes ou « social network » sont capables du meilleur (se faire de nouveaux amis ou contacts professionnels, faciliter une recherche d’information, partager des contenus : photos, liens, tags, ...) comme du pire (propager des rumeurs infondées, des virus ou des blagues douteuses, des chaines de solidarité bidons, ...). Il importe de veiller à ce que le développement rapide de communautés en ligne de toutes sorte, constituées autour d’outils plus ou moins propriétaires, ne porte pas atteinte à l’universalité du réseau fondée sur un principe d’interopérabilité .
  • Civilité à l’ère numérique : la régulation des échanges interpersonnels, des conditions d’accès aux contenus de création, aux données personnelles ... nécessite de réfléchir collectivement aux « codes de bonne conduite », qui quoi qu’on en pense peuvent exister même chez les pirates (voir Florent Latrive Du bon usage de la piraterie).
Lien hypertexte: Savoir en actes
Posté le 28 mai 2007 par Philippe Cazeneuve
Posté le 28 mai 2007 par Philippe Cazeneuve
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