e-Stas : Créatif à Malaga

25 et 26 avril 2008 – Malaga – Espagne
Dans le cadre de la rencontre « les technologies pour l’innovation sociale » organisée par la Fondation espagnole « Cibervoluntarios » les 24 et 25 avril 2008, Créatif a été représenté par Stéphanie Lucien-Brun du Programme France de Handicap International/Centre icom’ et Jérôme Combaz du CRI-Greta du Velay. Rédigé par Stéphanie et amendé par Jérôme.

e-stas c’est quoi ?

E-Stas est une rencontre localisée en Espagne qui souhaite faciliter le partage d’expériences, la rencontre d’acteurs d’environnements divers, la réflexion entre des praticiens, des acteurs publics, des personnes du monde associatif, de l’entreprise, etc. La plupart des organismes représentés était des fondations ou en lien étroit avec celles-ci.

Pour la 1ère année cette rencontre s’est tenue à Málaga, après 2 éditions sévillanes. Les organisateurs voulaient une organisation qui facilite la réactivité, les échanges et la création de liens.

Le programme était donc divisé en conférences introductives, tables-rondes animées par des journalistes, ateliers, présentations courtes et temps importants pour les échanges informels (pas de repas assis ! dur, mais appréciable pour la mobilité que cela créé). Les organisateurs ont souhaité « interdire » les présentations de type « diaporamas », pour éviter que les intervenants ne tombent dans le piège de la présentation formelle, des diapositives minuscules, vides, etc. Les deux écrans ont donc nargués pendant 2 jours ceux qui se plaignaient qu’on ne puisse diffuser des diaporamas, même si parfois une image peut remplacer trop de mots...

La majorité des participants était espagnole, ce qui a pu parfois, sur certains temps ne bénéficiant pas de traduction, créer un « écran » à la compréhension. Quelques participants de renom sont venus d’Amérique du Sud. L’Espagne est clairement plus tournée vers ce continent que nous ne le sommes avec nos amis francophones.

Cette rencontre est amenée à se renouveler dans le temps, les organisateurs estiment avoir trouvé une formule qui répond aux attentes des acteurs concernés.

Qu’avons nous fait, avec qui ?

Après une conférence d’introduction donnée par Raul Zambrano Conseiller Politique Senior pour le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), la première journée a été consacrée à des tables-rondes thématiques, sur des questions plutôt générales.

Rôle du tiers secteur, de l’administration et des entreprises dans le développement de l’inclusion socio-digitale La première table-ronde a réuni Daniel Pimienta, Kafui Amenu Prebie, de "One Village Foundation" et Stéphanie Lucien-Brun. Daniel Pimienta a manqué de temps pour présenter de façon structurée ses réflexions sur la « fracture paradigmatique » qui lui semble devoir remplacer la faussement explicite « fracture numérique ». Pour retrouver ses idées de façons un peu plus développées, voir l’article qu’il avait proposé à Créatif en 2005.

La seconde table-ronde a réuni Mar del Mar Negreiro à la DG INFSO de la Commission Européenne , Raoul Weiler du Club de Rome, Berta Maure Rubio du Plan Avanza, programme lié au développement de la Société de l’Information en Espagne et Jérôme Combaz du CRI-Greta du Velay. Du niveau des politiques européennes à celui des acteurs d’un champ spécifique, les articulations sont encore souvent difficiles à mettre en place.

La troisième table-ronde a rassemblé des acteurs du monde de l’entreprise. Belén Perales, responsable de la Responsabilité Sociale d’Entreprise à IBM Espagne, José Manuel Garcia Prieto qui occupe la même fonction chez Sun MicroSystems, Javier de la NavaNava Trinidad, responsable de l’Action sociale à BBVA, un des plus gros organismes bancaires espagnols et Francisco Ortiz Chaparro, engagé, notamment dans des programmes de télétravail.

La journée s’est finie par des ateliers thématiques permettant des échanges au sein d’un même atelier par sous groupes. Plus difficile à suivre compte tenu des difficultés de langues !

Les participants se sont retrouvés le soir pour une première partie de soirée au musée d’Art Moderne avant d’attaquer la partie « off du off » en faisant la tournée des bars à l’espagnol ! Et Malaga offre des ressources riches sur cet aspect.

Le vendredi matin une organisation en petits groupes thématiques a permis aux participants de présenter des projets spécifiques : actions localisées, publics spécifiques, etc. A cette occasion, Stéphanie a présenté la collection de guides produit par Créatif. Avec une traduction assurée par Adrien Mangin, initiateur énergique de cette invitation adressée à Créatif.

Une table ronde sur la place et le rôle des réseaux, avec notamment Susana Finquelievich, engagée dans les réseaux de l’Accès pour tous en Amérique Latine (mettre un lien sur LINKS), Enrique Varela qui travaille notamment avec la Fundacion ONCE et s’intéresse aux technologies pour les personnes qui en sont éloignées et Julio Andrade, responsable de la Participation citoyenne à la Municipalité de Malaga.

Le soir, nous avons fait un « off autogéré » en allant voir la projection d’un documentaire sur « femmes et TIC » à la Casa Invisible, maison occupée par des militants, notamment du logiciel libre. Super « limonade », ambiance décontractée et créative, débats, musique... Ce documentaire propose un regard acéré sur la place des femmes dans le champ des technologies de l’Information et de la Communication, notamment dans le champ de la création artistique et de celui du logiciel libre. Militant et remuant, ce documentaire sera bientôt disponible avec un sous titrage français. En licence Creative Commons, le site qui lui est associé propose de nombreuses ressources.

Qui avons nous rencontré ?

Équipe de Cibervoluntarios : jeune, impliquée, accueillante...

Au delà des échanges qui ont pu avoir lieu avec les personnes présentes sur les tables-rondes des contacts se sont noués, notamment avec :

- Alexandra Haché, elle notamment travaillé pour Vecam et travaille aujourd’hui à L’institut d’études sur la société de l’information à Séville. Elle a co-réalisé le documentaire sur les femmes dans l’environnement TIC.

- Mariano Lloria Garcia, coordinateur technique de l’association nationale des personnes IMC (Infirmité Moteur Cérébral) qui a notamment développé un ordinateur embarqué permettant un contrôle d’environnement à moins de 1000 euros, qui tourne sur des logiciels libres.

- Ismaël Pena de l’Université Ouverte de Catalogne, qui travaille sur l’organisation pédagogique de cette université en ligne, ouverte à plus de 30.000 étudiants à travers le monde. Il tient un blog (en anglais) riche en réflexions.

- Alejandro Simon Garcia qui propose un site web d’hébergements de sites Web associatifs .

- Marta Pastor, journaliste à la Radio Nationale, en charge d’un programme sur les TIC et réalisatrice de sujets courts pour les différentes chaînes de cette radio.

- Enrique Varela Conseiro, consultant web autour de l’accessibilité du web qui a travaillé avec la Fondation ONCE.

L’OLPC est revenu plusieurs fois sur la table. Le modèle choisi semble de plus en plus en concurrence avec les ultra-portables, dont les prix baissent d’année en année. En fait, si cette comparaison a lieu, c’est que le concept de l’OLPC semble mal compris, et ses spécificités sont mal connues. On pense d’abord à un ordinateur pas cher, à ses aspects économiques, à son modèle commercial différent des autres. Mais au delà de tout ça, l’OLPC reste l’ordinateur pour "pays pauvres" le plus réfléchi dans son ensemble. L’écran fonctionne avec la lumière du jour et possède une résolution meilleure que les écrans de portables actuels, rechargeable par dynamo, cycle de charge/décharge étudié en fonction du mode de vie des utilisateurs ciblés, ergonomie, solidité, etc. Voir le dossier sur FramaBlog pour plus d’information.

Impressions générales et effets produits ?

Au delà de l’intérêt que peut représenter l’échange, la prise de contacts, l’ouverture à d’autres types de mises en oeuvre de projets, que peut-il rester de ce type de rencontre ? En quoi cela a-t-il du sens de brûler du carbone pour traverser une partie de l’Europe ? Les réponses sont contrastées et indécises.

Du coté « doutes » :

Le « retour sur investissement » (investissement en temps, énergie attentionnelle, etc.) n’est pas mesurable de façon directe ; cette rencontre ne s’inscrit pas dans le cadre d’un projet déjà en cours, elle n’est pas le lancement d’une action commune.

Manque de "prise" sur les conditions de mise en œuvre des projets, comment visualiser, entendre de façon éclairée, concrète et non « communicante » ce que produisent vraiment les projets mis en œuvre, et à quel coût ?

Mais ce type d’interrogations n’est pas propre à E-Stas. Le fait d’évoluer dans des langues « étrangères » rend d’autant plus criant la difficulté à saisir « le sens », qu’il soit visible, « caché », à formaliser, des projets menés et de les remettre dans des contextes culturels et socio-économiques maitrisés.

Du coté « arguments positifs » :

La diversité des personnes présentes, la disponibilité de chacun à échanger de façon souple et informelle, permet de nouer des contacts autrement très difficiles ou impossibles.

L’équipe des organisateurs semble décidée à « capitaliser » sur la qualité de ces rencontres interpersonnelles et à faciliter leur maintien, notamment via l’activation du site web.

L’ouverture à un nouveau type de réseaux, espagnols et européen, portés vers l’Amérique Centrale et latine.

Pour Créatif, une question se pose : comment au delà des grandes et positives intentions que de continuer et nourrir les échanges ainsi amorcés, renforcer de façon effective les coopérations transnationales au sein du réseau ?

Lien hypertexte: Le site eStas
Posté le 20 mai 2008 par Jérôme Combaz , Stéphanie Lucien-Brun