Elèves et enseignants face au numérique : un choc de cultures

Deux communications scientifiques effectuées lors du récent colloque "TICE Méditerranée 2007" organisé par l’Université Paul Cézanne (Aix-Marseille III) apportent un éclairage intéressant et nouveau sur "Les freins à l’intégration des TICE en classe" et sur "L’acculturation numérique des adolescents", qui se révèle comme un défi à relever pour la profession enseignante. Cet article présente une synthése des éléments utiles afin de mieux comprendre le véritable choc des cultures qui se joue entre élèves et enseignants autour des compétences numériques de base.
  • Culture loisirs numériques / culture livresque : nombre d’enseignants supportent mal l’invasion du langage SMS dans l’expression des adolescents ou le temps qu’ils passent devant les écrans (TV, jeux vidéos) au détriment de la lecture. La civilisation du ludique et de la facilité se confronte aux valeurs de la patience et du travail sérieux.
  • Apprentissage autodidacte / enseignement certifié : les professeurs tirent leur légitimité à enseigner, d’une formation axée sur l’acquisition de savoirs et la réussite à un concours sélectif. Ils dévalorisent les apprentissages autodidactes (y compris les leurs) réalisés en dehors d’un fil conducteur méthodique et garantis par une évaluation certifiante.

Les freins à l’intégration des TICE dans les pratiques des enseignants

  • Une majorité des enseignants sont sceptiques sur l’efficacité pédagogique des TICE et perçoivent l’engouement des responsables politiques comme une mode passagère.
  • Le syndrôme du « Copier-coller » : les professeurs reprochent aux élèves de céder à la facilité de recopier des contenus sur internet au lieu de produire un travail personnel et se méfient donc de ce que les élèves font avec cet outil de façon autonome à la maison.
  • L’épouvantail des « dangers de l’internet » : incapables de maîtriser et de prévenir les mauvaises manipulations des enfants, certains enseignants ou chefs d’établissement préfèrent interdire l’accès à internet, protégeant ainsi leur responsabilité individuelle.
  • Le modèle du « maître omniscient » : la peur d’être pris en flagrant délit de ne pas savoir ou pire que les élèves sachent mieux qu’eux. Les situations d’usages des TIC à l’école fournissent aux adolescents des occasions de défier les professeurs, d’inverser les rôles en les mettant en difficulté face à leur ignorance.
  • La pratique du cours magistral avec correction collective des exercices fait individuellement, se prête davantage à une utilisation des TICE par les seuls professeurs pour préparer leurs cours, plutôt qu’à un usage par les élèves en classe.
  • Les enseignants sur-estiment les compétences réelles des élèves et sous-estiment les leurs.
  • Les enseignants sont le plus souvent seuls avec leur classe alors que la mise en oeuvre des TICE nécessite une assistance technique et un encadrement par 2 adultes.

Les pratiques des élèves comme levier de changement ?

« Je me suis fait avoir avec le copier-coller et j’ai commencé à réfléchir sur mes pratiques, ce que je veux transmettre et comment, je dois le reconnaître, cela m’a fait changer ... j’ai recentré ma pédagogie »

Certains enseignants ont pris la mesure du problème et s’engagent dans une relation d’échange intergénérationnel, en vue d’apprendre conjointement la distance critique nécessaire dans les usages d’internet et de sortir d’une rivalité conflictuelle stérile.

Lien hypertexte: Savoir en actes

Pour aller plus loin :

Voir dans les actes du colloque "TICE MEDITERRANEE 2007 ", ISDM N°29, juin 2007

  • Dioni Christine (INRP-EDUCTICE), L’acculturation numérique des adolescents : un défi pour la profession enseignante.
  • Leclère Philippe et Al. (Univ. Paul Verlaine Metz), Les freins à l’intégration des TICE en classe.
Posté le 4 septembre 2007 par Philippe Cazeneuve

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