B2I : une certification qui bouscule les habitudes

par Florent Lajous, animateur multimédia dans un Collège et Président de l’association des Epnologues
Depuis 1 an, j’observe in situ les pratiques des professeurs de collège. L’intégration des technologies dans l’enceinte scolaire est aussi périlleuse que nécessaire. Car le fantasme d’une génération « Internet », où les ados en sauraient plus que les adultes, est peut-être vrai dans les milieux favorisés, mais totalement faux dans ma pratique quotidienne. La saisie d’une URL est déjà parfois un grand défi. (...)

L’intérêt du B2I est son caractère transdisciplinaire

Le Brevet informatique et internet est né avec pour objectif, selon le BO de 2000, de spécifier un ensemble de compétences significatives dans le domaine des TIC et d’attester leur maîtrise par les élèves concernés. L’idée est de ne pas faire un contrôle-sanction à la fin de la scolarité, par un professeur, mais de valider les compétences en situation, au gré de l’usage des TIC dans les matières, lors de recherches d’histoire, d’exercices d’anglais, ou de travaux de technologie. Ainsi ce sont bien les usages qui sont attestés et pas un savoir empirique.

Le problème est qu’en 6 ans, personne ne s’est vraiment attelé à la tâche. Dans les collèges, les professeurs ne se sont pas senti concernés. Quand ce brevet facultatif était mis en place, il fut bien souvent relégué aux seuls professeurs de technologie. Avec l’obligation pour l’obtention du brevet 2008, cela commence à faire grincer des dents.

Outre un manque de volonté évident de bousculer leurs habitudes, les professeurs n’ont pas toujours les moyens matériels (...) et ne sont pas obligatoirement à l’aise avec les technologies. Utiliser chez soi l’informatique est un chose, l’intégrer aux cours en est une autre. Et ils ne sont pas aidés, puisque l’IUFM, qui demande aux stagiaires cette utilisation, ne fournit pas de méthodes pour le faire, tandis que le nombre des formateurs TIC de l’Education nationale décroît. (...) Si les stagiaires de cette année connaîtront au mieux les possibilités des TICE, quid des professeurs en poste ? (...)

Une des solutions : disposer d’un animateur TIC

Encore faut-il qu’il ait des notions de pédagogie pour ne pas se limiter à de la maintenance technique, rassurant les enseignants mais n’apportant pas de solutions pour l’adaptation des cours. Les académies compensent les manques par des listings en ligne d’exercices appropriés.

Les modules du B2I sont intéressants. Ils intègrent la maîtrise des techniques et celle du vocabulaire, ne se limitent pas au « on-line », et abordent les bonnes pratiques. Mais comment évaluer certains items, comme l’attitude citoyenne, quand le droit d’auteur n’est pas respecté par les professeurs eux-mêmes, que ce soit par le photocopillage ou l’absence des sources ? Et quel esprit critique vis-à-vis de l’information peut-on avoir en CM2 ? Sans parler des problèmes techniques que pose le courriel (...).

Harmoniser les certifications sous forme de modules

Le dernier problème enfin, plus général, est celui de l’explosion du nombre de certifications informatiques : B2i école, B2i collège, B2i lycée, C2i étudiant, C2i enseignant, PIM, B2i FC GRETA, Certificat "Naviguer Sur Internet", PCIE, DEFI, TIM P@SS en Nord-Pas-de-Calais, etc. Autant de certifications que de structures. Impossible d’y comprendre quelque chose, ni de le valoriser professionnellement, donc d’imposer son intérêt à l’organiser. Sans faire un diplôme, harmoniser les certifications, unifier les dénominations, tout en autorisant la modulation (on pourrait pas exemple dire que l’on a validé dans un nouveau C2I, 2 modules sur 6, "bureautique" et "navigation"), permettrait de clarifier les critères et d’atteindre une masse critique de notoriété.

La route est droite, mais la pente est forte

L’engouement pour l’éducation aux TIC est plus grand que n’a jamais été celui pour l’éducation à l’image. Mais les habitudes sont longues à changer, les réticences toujours promptes. On répond moyens, je pense qu’il s’agit plus d’un problème d’organisation et de volonté. De l’efficience pour atteindre l’efficacité.

Lien hypertexte: Association des Epnologues

(Extrait repris d’un Point de vue publié sur le site epnologues.free.fr en décembre 2006 sous le titre "Le B2i nouveau est arrivé !". Version revue par l’auteur)

Pour aller plus loin :

Posté le 3 septembre 2007 par Florent Lajous

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1 commentaire(s)
B2I : une certification qui bouscule les habitudes - 6 septembre 2007, par delcroix - B2i : fantasme d’une génération Internet
J’applaudis à deux mains...