Michel Rocard a remis début avril à Ségolène Royal un rapport intitulé « République 2.0 »
Parmi la centaine de propositions développées, voici une présentation succinte des préconisations regroupées dans un des 5 chantiers d’action baptisé « Le progrès numérique pour tous » :
"chaque français doit avoir accès au progrès numérique"
objectif d’ici 2012 de porter de 44 % à 75% la part de foyers équipés d’un ordinateur et connectés à internet.
4 populations prioritaires : publics vulnérables (chomeurs, bénéficiaires de minima sociaux, femmes seules), les ouvriers, les étudiants et le retraités.
adapter la fiscalité pour permettre la donation et le recyclage d’ordinateurs
tarif social de l’accès haut débit, sur le même principe que le tarif social de l’abonnement au téléphone qui existe déjà , d’environ 5€ par mois et financé par le « Fond numérique ».
"Les collectivités locales sont les mieux placées pour élaborer et pour conduire les projets d’équipement qui s’imposent."
création d’un « Fond numérique » pour financer jusqu’à hauteur de 20% les projets des collectivités.
prise en charge de l’ordinateur portable de 100.000 étudiants (sous conditions de ressources)
consolider le réseau des espaces publics numériques.
permettre le déploiement massif du très haut débit et garantir la cohésion territoriale.
Un paragraphe entier est consacré aux espaces publics numériques, en voici la teneur :
Accompagner les projets numériques des publics défavorisés « La fracture numérique ne diminue pas : elle se déplace sur d’autres terrains. Ainsi de nouvelles fractures apparaissent-elles avec l’apparition de nouveaux usages.
L’enjeu est aujourd’hui de donner la possibilité au plus grand nombre de citoyens français d’agir, d’être autonomes, de se prendre en mains, de participer à la vie sociale, de réaliser des projets : en animant des blogs, en contribuant à des débats en ligne, en produisant et en diffusant des contenus personnels ou collectifs. Ce mouvement s’inscrit pleinement dans l’idéal de "faire ensemble" qu’ont toujours porté la gauche et les mouvements d’éducation populaire. II existe en France un réseau de 3700 espaces publics numériques. Lancés sous le gouvernement Jospin, ils ont été voulus non seulement comme des lieux d’accès public à I’internet, mais aussi et surtout comme des lieux d’éducation populaire à la culture numérique. Ce réseau est aujourd’hui mal en point. Comme ailleurs, le gouvernement a abandonné son rôle de solidarité nationale. Son action se limite aujourd’hui à l’attribution d’un label Netpublic (qui n’apporte aucun financement) et à de la communication. Beaucoup de régions et de départements qui ont soutenu I’investissement initial s’interrogent maintenant sur la poursuite de leur appui. Face à ce risque, bien des communes et des intercommunalités se retrouvent démunies, notamment pour payer les animateurs. Plus profondément, elles doutent de l’utilité de ces lieux alors que l’usage d’lnternet semble majoritaire dans la population. »
RECOMMANDATIONS
Consolider le réseau des espaces publics numériques
- Donner un vrai statut et une certification de compétences aux animateurs d’espaces publics numériques.
Soutenir le financement des espaces publics numériques dans les zones du pays les plus en difficulté ; compléter le maillage territorial là où c’est nécessaire.
Mettre en place un centre de ressources par région ou par département qui assurera l’animation du réseau territorial d’espaces publics numériques, la formation des formateurs, la diffusion de contenus éducatifs, le groupement d’achats.. .
Encourager le rapprochement des espaces publics numériques et des lieux traditionnels d’accueil du public : mairies, écoles, maisons de services publics, ANPE, bureaux de poste, ...
Inclure des modules de maîtrise des technologies numériques dans toutes les formations professionnelles.
L’Etat, vecteur de la cohésion sociale et de l’accès au numérique pour tous, doit aussi être garant de I’accessibilité, régulateur et catalyseur du développement du numérique.
Commentaires :
A ma connaissance, la candidate ne s’est pas exprimée publiquement à propos de ces mesures et ses prises de position se sont limitées à la « culture numérique » (remise en cause de la loi DADVSI) et à la « Société de la connaissance », pour souligner la nécessité de soutenir la Recherche.
Le projet socialiste n’est pas très ambitieux en matière d’accès public et ressemble à un « copier-coller » du programme que nous avons connu durant les années Jospin. Il n’est pas question de développement mais de consolidation, sur la base d’un diagnostic réaliste - tendance pessimiste - qui considère que les lieux existants sont peu ou prou menacés de disparition, compte-tenu du faible soutien des collectivités locales.
En affichant clairement les publics prioritaires (chomeurs, bénéficiaires de minima sociaux, femmes seules, ouvriers, étudiants à revenus modestes, retraités) et en mettant en avant les usages de participation citoyenne, d’expression et de publication en ligne, ... il se dégage cependant un cadre de travail un peu plus précis que celui du premier PAGSI.
On notera le principe du « Fonds numérique » qui entérine l’idée d’un Etat en retrait, menant une politique de soutien à des collectivités qui décident et conduisent leur propre politique. Un Etat-arbitre « garant de I’accessibilité, régulateur » et un Etat-mécène « catalyseur du développement du numérique ». Dans ces conditions, il y a un risque majeur que la situation actuelle d’isolement et de repli sur leur territoire des acteurs de l’accès public, ne perdure et se renforce encore davantage. Sans une action volontaire encourageant la mutualisation entre les régions et les territoires, on risque fort d’aboutir à une cacophonie des dispositifs dans les 5 ans.
Une interrogation :
Ségolène Royal semble attachée à l’idée des emplois-jeunes et on peut craindre que le recours à ce mode de financement indirect des projets de lutte contre l’exclusion numérique, ne nous ramène 10 ans en arrière en hypothèquant la possibilité d’une réflexion de fond sur le modèle économique de ces lieux et en fragilisant les pistes de pérennisation des animateurs en poste actuellement.




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