Coopérer, produire, diffuser des savoirs autour des Logiciels libres
Article paru dans la revue "les dossiers de l’ingénierie éducative" CNDP Février 2004
UN DISPOSITIF DANS UNE CIRCONSCRIPTION PRIMAIRE
Les textes précisent que pour l’enseignement élémentaire le temps de service hors enseignement, de 36 heures annuelles, se répartit, conformément à l’arrêté du 15 janvier 1990 de la manière suivante :
18 heures de travaux au sein des équipes pédagogiques
12 heures pour les animations pédagogiques
6 heures affectées à la tenue des conseils d’école obligatoires.
Dans le cadre des animations pédagogiques, les enseignants de la circonscription [2] de Saint-Avold Sud (département de la Moselle) ont eu la possibilité de choisir des modules d’animations à la carte. Une animation proposée consistait en l’utilisation des potentialités didactiques des logiciels de logiciels libres à l’école élémentaire
Phase 1 : découverte de logiciels libres
Phase 2 : analyse d’un logiciel libre et expérimentation en classe
Phase 3 : écriture de scénarios pédagogiques intégrant le logiciel libre
Phase 4 : découverte de logiciels libres, WIKI ou SPIP 3, permettant des publications en ligne et des travaux de collaboration
Production d’un CD-Rom "des logiciels libres pour l’école" du cycle 1 au cycle 3
Des enseignants de la circonscription, une vingtaine, ont choisi cette animation. Il se sont engagés, et ont commencé à rédiger des fiches d’utilisation de logiciels pédagogiques libres, à dégager leurs fonctionnalités, à rédiger des scénarios pédagogiques. Ces fiches sont destinées à un cédérom multiplateforme (Windows, Apple et Linux) de logiciels pédagogiques libres pour l’école primaire et la grande section de maternelle. Ce projet piloté par la mission veille technologique du CNDP donne lieu à une édition par le CRDP de Paris et à un partenariat avec la société Apple. Il vise à mettre à disposition des enseignants des logiciels libres, à des coûts très minimes ou gratuitement au support physique près. Il a également pour objectif de susciter la constitution de communautés d’utilisateurs, échangeant documents et pratiques pédagogiques, notamment dans le cadre de la mise en œuvre du B2i. Le plan d’animation de la circonscription de Saint-Avold Sud favorise la création d’un « Napster éducatif d’enseignants auteurs et utilisateurs »[4], dont elle est partie prenante. Les fiches rédigées sont diverses.
L’une d’entre elles concerne le logiciel Orthophile. L’Orthophile est un programme de Vérification Orthographique Assistée par Ordinateur destiné aux élèves de Cycle 3 de l’école primaire. Il a pour objectif d’aider les élèves à améliorer l’orthographe de leurs productions écrites en acquérant une méthodologie. Il permet en outre de repérer les lacunes des élèves grâce au bilan qui peut être édité à la fin de chaque vérification. Le programme comprend un module de vérification de l’orthographe lexicale et un module de vérification de l’orthographe grammaticale. Cette vérification est basée d’une part sur une analyse automatique de la phrase et sur des questions posées à l’élève sur le sens du texte. C’est l’élève qui comprend le texte et répond aux questions quand il y a ambiguïté ou obligation de prendre le sens du texte en compte et c’est la machine qui vérifie si l’orthographe du mot écrit correspond bien à la réponse de l’élève. De nombreux écrans d’aide permettent d’avoir une information ou une aide sur la notion grammaticale vérifiée. Cette méthode permet de placer l’élève dans une situation où il réinvestit en permanence des techniques apprises en classe lors d’exercices systématiques. Il retrouve des questions et des situations qui lui sont familières et le but est de l’amener à anticiper ces questions.
Une autre fiche vise l’utilisation du diaporama en classe - (Module Présentation d’Open Office) [6] ou le logiciel KIDISTB . Le logiciel KIDISTB [7] est un logiciel de création multimédia spécialement conçu pour les enfants du cycle 3 et du cycle 2. Avec Kidistb, on peut créer des albums du style "tourne-page" ou à branchements multiples. Le diaporama permet des situations d’écriture très riches. Les élèves peuvent écrire avec du texte, des images et du son et y a un « frottement intersémiotiques des langages »[8] intéressant à exploiter en classe.
Le logiciel « Aller » [9] est un logiciel d’Aide à La Lecture et l’Ecriture en Réseau et peut être exploité à tous les niveaux de l’école élémentaire. ALLER permet aux enfants de cycle 2 de travailler en parallèle avec toute méthode de lecture sur une dizaine d’exercices différents (closure, phrases mélangées, ponctuation...). Les enseignants peuvent concevoir aisément des exercices en prenant en compte la progression des méthodes de lecture utilisées en classe. Les potentialités didactiques du logiciel « ALLER » sont à noter : travail portant sur le principe du codage alphabétique des mots avec une possibilité d’activités ordonnées et structurées permettant aux élèves de progresser rapidement dans l’identification des mots. Une cartographie des méthodes de lecture de la circonscription a déjà vu le jour. Les batteries d’exercices possibles avec ALLER peuvent être adaptées à chaque méthode de lecture et s’intégrer dans la cartographie des méthodes de lecture de la circonscription. Dans le cadre des animations pédagogiques en communautés virtuelles, les enseignants pourront en effet être invités à partager leurs exercices conçus et créés sur mesure, à en mesurer leurs effets en lecture. Les enfants de cycle 3 peuvent utiliser la partie édition pour écrire un texte et créer des exercices pour les plus jeunes.
Des logiciels libres pour le travail coopératif
Il y a les logiciels pédagogiques stricto sensu mais aussi de nombreux logiciels libres facilitent la mise en ligne des informations ou le développement de plate-formes collaboratives. SPIP, un système de publication en ligne, permet de fabriquer et de tenir un site à jour, grâce à une interface très simple d’utilisation. Les Content Management Systems (CMS), outils de production de sites web dynamiques, permettent d’éditer, de modifier, et de publier du contenu sur un site internet, un intranet ou un extranet. L’actualisation du contenu d’un site, la fréquence des mises à jour constituent la dynamique d’un site internet. Au total, ils représentent une singularité sur l’internet, et constituent peut-être la démonstration la plus aboutie à ce jour d’une intelligence collective effective. La publication des contenus, simple et instantanée, peut se faire directement par les enseignants, sans intermédiaires. Ces nouveaux outils, des logiciels libres, peuvent être utilisés par des groupes de travail ou pour la communication interne. Du côté des services en ligne, se pose la question de la mutualisation, de la validation, et de la diffusion d’un document ou d’une base de données, dans un collectif ou dans une institution .
Des dispositifs élargis de formation
Ecrire sur ses pratiques pédagogiques est un acte formatif en soi. Tel enseignant aura résolu tel problème en pédagogie, tel autre, chevronné, expérimenté, formé, pourra faire connaître ses savoir-faire avant de partir à la retraite. On voit poindre une hybridation de la formation continue des enseignants, non une substitution. La proximité, l’accompagnement des enseignants favorisent le présentiel. Mais les actions de formation en présentiel ne peuvent que gagner en efficacité si, en amont, en aval et en ligne, elles sont préparées et connaissent des prolongements. Les communautés virtuelles de pratique favorisent une professionnalisation par expériences concrètes. Le temps institutionnel pour la production et la diffusion du savoir doit donc être prévu dans le pilotage des animations ou des formations. Donner du temps aux enseignants pour qu’ils puissent faire part de leur pratique, les mettre en ligne, favoriser les échanges sur les pratiques pédagogiques. Ce temps pour l’écriture d’une fiche, d’un scénario pédagogique fait partie du temps de formation ou d’animation et doit s’inscrire dans la stratégie d’un pilotage prenant en compte la gestion des connaissances. Ces ressources des enseignants-auteurs seront diffusées au travers des outils électroniques et multimédias en visant le partage de l’expérience, et seront ainsi dotées ’une « tonicité » particulière ! Ces ressources de ces enseignants-auteurs ne pourront voir le jour à grande échelle, et se pérenniser, que si ce « temps » de production est comptabilisé dans les processus de formation et d’animation.
Une problématique plus générale
Ces dispositifs, le fonctionnement des communautés de pratique s’inscrivent dans des préoccupations générales du système éducatif . D’après le rapport du Haut Conseil de l’Evaluation, on ne connaît pas assez bien les pratiques enseignantes effectives. Pour Claude Thélot[10], « les pratiques enseignantes, entendues comme l’ensemble des activités par lesquelles les enseignants guident et font travailler les élèves qui leur sont confiés pour leur faire acquérir les savoirs, savoir-faire qui constituent les objectifs de l’école sont actuellement très mal connues. Il faut développer et capitaliser les observations des pratiques des enseignants, les études et les recherches permettant d’en apprécier l’efficacité au regard des progrès et des comportements des élèves. Enfin, il faut organiser la diffusion des résultats des recherches sur l’efficacité des pratiques enseignantes et former et inciter les enseignants à s’en emparer, notamment lors de leur évaluation et de leurs formations initiale et continue, pour améliorer l’efficacité du système éducatif ». Pour André Legrand [11], le territoire circonscription [12] est le lieu par excellence d’élaboration d’une politique particulière, dans le cadre des finalités et des objectifs nationaux. Il a cet avantage d’être adapté à ce qui légitime désormais les principes d’un management dynamique, l’irruption du « local » dans la vie du système éducatif. La circonscription comme entité est un espace pertinent de pilotage. La mobilisation des compétences, la professionnalisation des enseignants sont au cœur du pilotage de circonscription. Les IEN de circonscription [13], qui ont des tâches d’évaluation, d’inspection, de formation, d’animation, doivent les intégrer en permanence dans leur pilotage. Ils réalisent des observations directes des pratiques, mais ces observations sont peu exploitées, sauf pour évaluer individuellement les personnels, et elles sont rarement synthétisées. Les pratiques pédagogiques, celles qui « marchent » et qui ont fait leurs preuves, celles qui ont été repérées par les inspecteurs lors de leur visite, celles qui font preuve d’expertise des enseignants, doivent donc être diffusées, mises à jour et être connues dans la communauté des enseignants. L’IEN est là pour donner du liant et faire se développer une « culture de réseau » en intégrant le partage des connaissances et des expériences entre les enseignants ayant les mêmes préoccupations. La conception d’organisation en réseau offre à l’IEN en circonscription des positions et des rôles nouveaux. Il peut être présent et acteur là où s’établissent les « nœuds » de la communication, de la décision, de l’action, là où se croisent les idées, les valeurs, les personnes, les projets. Pour Viviane Bouysse [14] « dans tous les cas, la compréhension des buts pour tous, la dimension de confiance nécessaire à la mobilisation, la détermination du pilote et son engagement continu pour les ajustements qui s’imposent sont des conditions de la réussite de la démarche ». Pilotage, formation professionnelle des enseignants, fonctionnement des communautés de pratiques, institutionnelles ou non, s’interpénètrent dans des dynamiques nouvelles. Les enjeux en sont le partage des connaissances, leur gestion organisée, la compétence des enseignants... en définitive la qualité de l’enseignement et l’efficacité du système du système éducatif. La banalisation des outils informatiques et des réseaux, le développement des communautés de pratiques dans une approche coopérative et collaborative qui est celle du logiciel libre, facilitent ce qu’on pourrait appeler un « KM éducatif ».[15
Michèle Drechler, IEN TICE du département de la Moselle
Notes :
1.Le cadre général du service hebdomadaire des instituteurs et professeurs des écoles a été tracé par le décret n° 91-41 du 14 janvier 1991
2.Deux groupes d’enseignants : 9 au cycle 2 , 10 au cycle 3
3.Wiki:http://autrans.crao.net/index.php/AideUtilisa tionWiki
4.Jean-Pierre Archambault - Revue Terminal n° 89
5. Orthophile : http://jeannoel.saillet.free.fr/Orthophile/Or thophile.htm
6. Voir http://www.cspi.qc.ca/recit/formation/impress Distribution http://www.abuledu.org/
7. Logiciels du Terrier
8. René Gardiès- Parole aux images - Bordas
9.Logiciel ALLER : Distribution http://www.abuledu.org/ Logiciels du Terrier
10.Rapport Thélot : Avis du Haut Conseil de l’évaluation de l’école n°7 - Janvier -Février 2003
11.André Legrand - Le système E - 1999
12.Circonscription : « Territoire » piloté par les Inspecteurs de l’Education Nationale
13.Missions IEN Décret du 18 Juillet 1990.
14.Viviane Bouysse - Pour un pilotage de l’action en circonscription - Administration et éducation 1996 n°2
15.KM : Knowledge Management . Terme utilisé dans les entreprises mais pour une part transférable dans les pilotages du système éducatif. Drechsler Michèle - Mémoire DEA Sciences de l’information et de la communication : « Quels changements induits pas les TIC pour la formation professionnelle des enseignants face au paradigme du KM et des Communautés de pratiques ? »




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