Préambule
Nous souhaitons une société de l’information égalitaire dans ses dimensions culturelles, sociales et politiques. Pour favoriser l’intégration sociale et professionnelle de tous, les techniques numériques doivent être porteuses de valeurs et améliorer la participation démocratique ainsi que les conditions de vie des individus. L’objectif de cette charte, rédigée par un collectif européen, est de faciliter la réflexion et l’action pour mettre en place un environnement d’e-learning (*) socialement inclusif.
(*) Utilisation des nouvelles technologies du multimédia et de l’Internet afin d’améliorer la qualité de l’éducation et de la formation à travers l’accès à distance à des ressources et des services, ainsi qu’à des collaborations et des échanges. (définition de la Commission Européenne - Initiative eLearning)
5 facteurs de succès pour un e-learning social
- I. Proposer des solutions sociales aux problèmes sociaux
Les pratiques sociales sont en interaction avec les techniques. Pour que tous les individus puissent s’intégrer dans la société de l’information, il faut commencer par résoudre les problèmes sociaux qui génèrent une exclusion du numérique. Nous ne sommes pas tous égaux face au fossé numérique : une personne formée et socialement insérée franchira plus facilement ce fossé qu’une personne exclue ayant d’autres besoins, prioritaires.
- II. Impliquer les différents groupes dans leurs dimensions sociales, politiques et culturelles
Les communautés apprenantes ne doivent pas être uniquement considérées comme un moyen d’améliorer l’apprentissage. Des groupes ou des réseaux peuvent produire de l’écrit public et étendre leurs horizons politiques, sociaux et culturels grâce à des logiciels qui permettent de créer et de maintenir du lien social (« social software »). Les communautés isolées ou minoritaires peuvent utiliser des outils numériques pour se faire connaître, les groupes dispersés (comme les migrants qui travaillent loin de chez eux) pour rester en contact et continuer à développer leur culture. Internet permet ainsi aux individus de prendre conscience de l’existence de l’exclusion sociale : c’est un moyen de la combattre.
- III. Aller vers l’ordinateur transparent
Ordinateurs et logiciels intègrent de nouvelles fonctions chaque année, mais ils deviennent de fait plus difficiles à utiliser. Si les familiers des TIC y trouvent leur compte, l’accès est toujours plus difficile pour les exclus de la technique. Cette stratégie du « toujours plus de nouvelles fonctionnalités » peut avoir des conséquences néfastes au plan social. Il faut repenser cette tendance pour développer des outils plus faciles à utiliser et permettant des approches intuitives comme un appareil photo ou une voiture. Pour prendre une photo, il faut orienter l’appareil vers le sujet et appuyer sur un bouton. Pour tourner à droite, il faut tourner le volant dans le même sens. Pourquoi les TIC ne seraient-elles pas aussi simples ?
- IV. Appliquer la méthode de résolution de problèmes à l’e-learning
Il faut dépasser les modèles de formation traditionnels, souvent trop académiques, et construire des cours pratiques et motivants, adaptés au contexte socioculturel et aux besoins spécifiques des personnes exclues. Le manque de confiance en soi et de motivation est une barrière importante à l’inclusion numérique que des formations procédurales n’aident pas à franchir. Développer l’apprentissage par projet permet de s’adapter à la compétitivité croissante générée par la société de l’information : le fait de savoir utiliser un traitement de texte ou le courrier électronique ne fera bientôt plus de différence sur le marché de travail.
- V. Développer un Internet pour tous
Les barrières physiques, liées à la distance ou à la conception des bâtiments, limitent l’accès à la culture des personnes à mobilité réduite. Les productions numériques, quant à elles, sont suffisamment plastiques pour être adaptées aux besoins des différents handicaps. Il faut donc sensibiliser les développeurs, les constructeurs, les éducateurs mais aussi les entreprises, les administrations ou les particuliers, à la prise en compte de ces handicaps.
Une Déclaration en 10 points pour une société de l’information participative et égalitaire
- 1. Dépasser les barrières psychologiques est aussi important que résoudre les problèmes d’accès au réseau et à l’équipement, car la fracture numérique n’est pas seulement matérielle : elle est aussi dans les mentalités.
- 2. Il faut développer des programmes de recherche pour mieux comprendre les besoins des différents groupes exclus du numérique ainsi que les liens entre les différents facteurs d’exclusion, comme l’âge, l’origine ou le genre.
- 3. Il faut rechercher des solutions adaptées à chaque handicap. Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour identifier les domaines les plus sensibles et éviter une approche généraliste.
- 4. Insister sur le côté ludique des techniques numériques permet d’augmenter la motivation des apprenants. Il ne suffit pas de montrer leur importance dans le monde professionnel.
- 5. Faire des TIC une composante du statut socioculturel est un facteur de motivation pour l’inclusion. Cependant, pour éviter des blocages supplémentaires, il convient d’informer les individus que l’existence est possible sans Internet.
- 6. Les actions de formation peuvent s’appuyer efficacement sur les valeurs positives véhiculées par les TIC, car, même à un niveau modeste d’utilisation et de maîtrise, les TIC sont synonymes d’intégration.
- 7. L’e-learning doit être participatif : ne pas définir les interfaces a priori, à partir de modèles préexistants, mais impliquer les utilisateurs en amont des dispositifs pour qu’ils puissent les évaluer.
- 8. L’e-learning doit favoriser l’apprentissage coopératif : permettre à des personnes appartenant aux groupes cibles de devenir des appuis qui jouent un rôle de modèle et redonnent confiance à leurs pairs.
- 9. Développer des modèles mixtes : la combinaison de l’utilisation de l’ordinateur avec un contact humain est plus efficace que le « tout e-learning ». Les relations interpersonnelles avec des éducateurs sont nécessaires quand l’apprentissage est complexe et démotivant.
- 10. Les politiques et stratégies d’inclusion doivent également favoriser le développement personnel de ceux, qui, pour des raisons économiques, personnelles ou pour cause de handicap lourd, n’adhéreront pas à la société de l’information.




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