La Souris verte, l’accès itinérant des gens itinérants

Entretien avec Stéphane Gardé, formateur référent de la Souris verte

Le Centre de ressources contre l’illettrisme en Auvergne anime un véhicule multimédia qui se rend sur les aires d’accueil des gens du voyage dans les communes rurales du Puy-de-Dôme. L’objectif est d’aller au plus près de ces publics éloignés géographiquement et culturellement - chez eux - pour les sensibiliser aux savoirs de base (lecture, écriture et calcul) et favoriser leur accès à la culture en général, et celle de l’écrit en particulier. Les formateurs s’astreignent à un passage régulier (par exemple tous les mardis matin), condition indispensable pour créer une habitude de fréquentation et augmenter progressivement le nombre de visiteurs (1200 en 2005, 3000 en 2007). En même temps, les visites sont aussi plus nombreuses à se transformer en démarches d’apprentissage (32% en 2005, 37 % en 2007).

Deux zones sont organisées, chacune avec des objectifs différents. L’extérieur du véhicule, avec table, chaises et cafetière, est un espace où s’amorcent les échanges et où les gens du voyage peuvent consulter revues et journaux d’intérêt général, local ou spécialisés sur leur culture. Des jeux de lettres et de chiffres (mots fléchés, Sudoku…) sont aussi disponibles. Ils peuvent fréquenter cet espace de discussion sans conditions, avant que ne germe l’envie, ou que soit suggérée la possibilité de franchir le seuil du camion et peut-être alors de s’engager dans une démarche d’apprentissage.

A l’intérieur, des ordinateurs sont disponibles, un portable pour des activités de groupe et deux fixes pour du travail individuel sur des logiciels d’apprentissage. Le plus utilisé permet d’apprendre le code de la route. Les autres sont plus directement orientés sur la lecture et l’écriture (Assimo, LCPE, Lettris), et correspondent à une deuxième étape. En effet, le travail avec le code de la route comme support d’apprentissage initial permet par la suite de tendre des passerelles vers l’écrit, et donc vers d’autres supports d’apprentissage.

Pour Stéphane Gardé, formateur et spécialiste de la culture des gens du voyage, il s’agit avant tout de (re)donner envie d’apprendre et cela peut prendre du temps. Il faut rester modeste dans les objectifs : « on fait plus de sensibilisation que de réelle formation, même si la formation de droit commun est l’un des objectifs… Mais c’est aussi parce que les gens du voyage ont un rapport à l’écrit et au temps différent du nôtre. Je me suis rendu compte qu’il leur est parfois plus facile de passer à l’écrit par l’intermédiaire d’un clavier, qui introduit une distance et une objectivation, qu’avec un stylo, qui implique une relation plus directe avec l’écrit, plus intime. »

Posté le 22 janvier 2009 par Jérôme Combaz