En guise de conclusion

Entretien avec Philippe Cazeneuve, Savoir en Actes

En initiant ce guide, nous sommes partis sur l’idée de « ruralité » en faisant l’hypothèse qu’il y avait là un phénomène particulier en matière d’accès aux technologies numériques. Avec le recul, sans remettre en question l’importance de poser la question de l’espace rural, il faut bien constater que les questions d’enclavement se posent aussi ailleurs avec des besoins similaires, dans certains quartiers des grandes agglomérations par exemple.

Que signifie « être connecté à internet » ? Est-ce une question de technologie ? Une question de capacité à utiliser et donc d’appropriation culturelle ? En milieu rural comme en milieu urbain subsistent des freins culturels et des blocages qui tiennent à la représentation que chacun se fait de lui-même : « Je ne suis pas capable d’y arriver, ce truc là c’est pas fait pour moi, je n’y comprends rien et je me sens très loin de tout ça ».

L’article de Pierre Cornu rappelle que cette notion d’enclavement est une construction culturelle, et que les habitants des territoires ruraux ont envie, non seulement d’être acteurs, mais aussi « scénaristes » de leur propre histoire. Les différentes réponses originales construites par les porteurs d’initiatives citées dans ce guide, solutions technologiques ou accompagnement des usages, montrent bien que ce qui est universel, c’est l’envie de prendre en main son destin.

Les témoignages soulignent que les logiques sociales sont déterminantes et premières par rapport aux technologies. La technique peut contribuer au développement des territoires ruraux, jouer un rôle démultiplicateur, mais pour soulever le monde avec un levier il faut disposer d’un point d’appui. Le point d’appui ce sont les réseaux de personnes.

Les réseaux de communication ne sont rien sans les réseaux humains. Développer des infrastructures, si l’on n’investit pas en parallèle dans l’accompagnement des usages, cela ne marche pas. Il faut en même temps développer le pouvoir d’agir des habitants et des acteurs locaux, pour que ces réseaux irriguent le développement des territoires.

Dans une logique de mutualisation, la première chose qu’il convient de partager, c’est le diagnostic de la situation du territoire et des besoins, exprimés ou non. S’il n’y a pas un diagnostic, puis un projet partagés, on ne créera pas de dynamique collective durable.

Puisque « être connecté », c’est être en contact avec d’autres personnes, le lien social ne serait-il pas un protocole de communication à très-très-haut-débit ?

http://savoirenactes.fr

Posté le 26 mars 2009 par Jérôme Combaz