Des courbes de croissances éternellement optimistes ...
Depuis plusieurs années, les instituts de sondage nous abreuvent de courbes de croissance éternellement optimistes. Comment est-ce possible ? C’est bien simple, il suffit de braquer toujours le projecteur sur les « premiers de cordée ». La dernière livraison de l’institut Médiamétrie ne déroge pas à la règle. En mettant l’accent sur l’accès à internet à haut débit, sur l’équipement en ordinateurs portables, la connexion sans fil ... on est toujours grisé par l’ivresse du décollage.
Pour masquer un tassement de la demande d’internet à domicile
Mais quand on se donne la peine de regarder de plus près, on constate que, si le nombre d’internautes connectés à domicile a connu un taux de croissance de 20 % entre 2002 et 2003, la progression (n’)a été (que) de 9 % entre 2003 et 2004 ... En d’autres termes, le développement de l’équipement d’accès internet à domicile ralentit sérieusement.
Rappelons comme le signale Amanda LENHART dans son étude The ever-shifting Internet population : A new look at Internet access and the digital divide (Pdf 46p. en anglais), qu’aux Etats-Unis, le taux d’internautes à domicile a atteint 60 % de la population, mais qu’il stagne depuis fin 2001. D’après des données plus récentes citées par le journal du Net (en français), depuis 2004 le nombre d’usagers d’internet à domicile aux Etats-Unis ne cesse de diminuer.
Un ménage sur deux (ne) possède (pas) un ordinateur
L’INSEE titrait dans son bulletin INSEE Première du mois de mars 2005 (pdf 4p.), « Un ménage sur deux possède un micro-ordinateur, un sur trois a accès à internet ». Ce 4 pages qui est toujours une mine d’or pour les amateurs de stats, vient rafraîchir nos sources. En effet, les données chiffrées que nous citions dans le dernier guide Comment intéresser et toucher les publics les plus éloignés des TIC ? dataient de 2002 et 2003. En l’intervalle de deux ans, le développement de la diffusion des outils a-t-il été en rattrapant les écarts ... ou en les creusant davantage ?
Là où les écarts se réduisent : « Les agriculteurs et les artisans, peu équipés par le passé, ont aujourd’hui comblé une part importante de leur retard par rapport aux ménages de cadres : 60 % disposent aujourd’hui d’un micro-ordinateur à la maison » (81 % pour les cadres, 44 % pour les ouvriers). La présence d’enfants dans un ménage est un facteur incitatif à l’équipement. En 2004, un quart des personnes seules disposent d’un ordinateur contre les trois-quart des couples avec 2 enfants. (pour internet 15% contre 55 %).
Là où les écarts subsistent : L’équipement reste très inégal selon le reveUu du ménage : le quart le plus modeste des ménages est en 2004 deux fois moins équipé en micro-ordinateur et trois fois moins en accès internet que le quart le plus riche. On retrouve des écarts identiques entre les ouvriers et les cadres. Pour les foyers les plus aisés (4ème quartile) disposant d’un micro-ordinateur, l’accès internet va de soit (80 % disposent aussi d’internet), alors que les ménages les plus modestes équipés d’un ordinateur n’accèdent à internet que dans un cas sur deux. Un faible niveau d’étude est un frein à l’équipement : « les ménages sans diplôme sont quatre fois moins nombreux à posséder un micro-ordinateur et six fois moins à avoir un accès à internet que les diplômés de l’enseignement supérieur ».
Des études (notamment les travaux de Patricia Vendramin et Gérard Valenduc), ont montré le rôle important de la pratique de l’outil informatique au travail, dans l’introduction de l’ordinateur à la maison et l’accroissement des compétences individuelles d’utilisation. En 2003, employés et ouvriers n’utilisent pas plus l’ordinateur dans leur travail qu’en 1996, au contraire des cadres et des professions intermédiaires.
Une génération perdue ? L’équipement des ménages des seniors a progressé entre 1996 et 2004, mais uniquement pour ceux qui avaient moins de 55 ans en 1996 (c’est à dire les moins de 65 ans d’aujourd’hui). Au delà de cette tranche d’âge, les taux d’équipement ont très faiblement progressé, et les personnes âgées sont massivement à l’écart de ces outils.
Il est donc nécessaire que les Espaces Publics Numériques labellisés, s’ils veulent être crédibles par rapport à leur mission de « lutte contre la fracture numérique », se préoccupent plus que jamais de l’accueil et de l’accompagnement des seniors, des familles modestes et des publics peu qualifiés.




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