Thèmes

Développement rural

Télétravail en Cantal

Le 5 novembre dernier se tenait à Murat, dans le Cantal, un forum sur le télétravail. Le département du Cantal, souffrant d’un flux migratoire négatif, a développé un réseau de 7 télécentres et a de nombreux projets pour l’avenir. Etudiant en DEUST-Technicien des Multimédias Communicants et Interactifs à l’UBO, je suis allé voir ce qui s’y passait ...

Le développement du télétravail dans le Cantal affiche ouvertement l’objectif d’inverser le flux migratoire, en gardant au pays les travailleurs résidents et en incitant de nouveaux actifs à venir s’installer. Les télécentres, dispensateurs de formations et d’informations pratiques, sont des éléments attractifs et plusieurs anciens stagiaires se sont installés dans le pays de Murat.

1° forum : le télétravail indépendant

Des acteurs du télétravail indépendant se sont succédé à la barre des témoins pour apporter leur expérience personnelle. De l’ensemble de ces témoignages, il ressort que la motivation première pour s’orienter vers ce mode d’exercice est le changement de cadre et de rythme de vie. Le télétravail permet de mieux gérer ses journées, il facilite la vie de famille, apporte une flexibilité sur les dates de vacances, et surtout il rend possible le choix de son cadre de vie. Pour certains, comme Carima qui a créé son entreprise de télésecrétariat (http://www.secreta-services.fr/), c’est aussi une bonne façon de réussir malgré un handicap.

Mais attention, le télétravail ne se fait pas sans préparation. Il faut apprendre à gérer son temps et son entreprise, et une formation préalable est recommandée. Cette formation doit apporter les connaissances techniques, administratives et sociales nécessaires à la réussite du projet, avec bien entendu tout ce qu’il faut savoir pour trouver des clients. Car cela reste le point déterminant. Dans cette démarche, les télétravailleurs peuvent s’épauler les uns les autres en agissant en réseaux, en associations se répartissant les commandes importantes et en exploitant les compétences de chacun. Cela permet en plus de rompre l’isolement dans lequel le travailleur à domicile peut finir par s’enfermer.

Les sites Web et les forums sont des outils indispensables aux télétravailleurs. Un projet original http://catalogue.teletravail.fr/ s’est créé à Murat : il s’agit d’un catalogue en ligne où l’on peut remplir son panier de commande de prestations de télétravailleur comme dans un magasin Web ! Une fois les clients trouvés, " Il faut soigner sa communication à distance !", affirme Marie, graphiste, "Pour pallier à l’absence de présentiel, un suivi téléphonique ou par mail est recommandé".

2° forum : le télétravail salarié

Les entreprises françaises ne sont a priori pas les bonnes élèves du télétravail comparées à leurs homologues du nord de l’Europe.

Il faut dire que le télétravail semble intéresser plus les salariés que les chefs d’entreprise. Pour les premiers, les motivations sont identiques à celles des télétravailleurs indépendants (meilleure qualité de vie, intégration du handicap), avec en plus l’avantage ne plus perdre du temps et de l’argent dans les moyens de transport. Les chefs d’entreprise, eux, ne semblent pas avoir mesuré tout l’intérêt de ce mode de salariat. Et il y en a pourtant : réduction de l’investissement immobilier, augmentation de la productivité, meilleur service client, externalisation de certains secteurs… "De toute façon," dis Bruno, cadre chez Thalès Alenia Space," le télétravail est une chose inéluctable. Les jeunes diplômés qui intègrent les entreprises actuellement ne peuvent concevoir un autre mode de fonctionnement que celui-ci, basé sur l’informatique et les réseaux sociaux de l’Internet".

L’intégration du handicap a été développée plus avant par Stéphane et Marie Claire dans le cadre de leur entreprise Ex@services (http://www.exaservices.net/) qui emploie exclusivement des télétravailleurs handicapés. Pour les entreprises, c’est une façon de faire face à leurs obligations d’emploi de personnes handicapées. Pour les salariés, c’est un moyen de reprendre contact avec la vie active et de rompre l’isolement, les salariés réalisant leur ouvrage en vidéotravail.

Le Conseil Général du Cantal désire mener une expérience de télétravail pour une partie de ses employés. Il a bonne espoir que cela démarre bientôt, mais il se heurte à des problématiques, pas insurmontables, mais compliquant la démarche. Les interrogations portent sur les notions d’accidents du travail, d’hygiène des postes, de sécurité, de durée, d’horaires. Finalement, bien que le télétravail soit encadré par l’accord cadre européen de 2002 et l’accord national interprofessionnel de 2005, mettre en place le télétravail salarié ne paraît pas aisé. Les collectivités locales et les entreprises manqueraient-elles d’outils de guidage ?

3° forum : de la nécessité de se former au télétravail

Pour les indépendants, c’est indéniable, il est nécessaire d’apprendre à gérer son temps, à ne pas trop mélanger vie privée et vie professionnelle, et bien sûr d’acquérir les connaissances administratives et comptables nécessaires à tout créateur d’entreprise. L’étape de la formation est aussi l’occasion de rencontrer d’autres porteurs de projet et de se créer un réseau bien utile pour la suite.

La formation de salariés est un projet qui démarre dès 2010 dans le télécentre de Murat. L’intérêt ? Enseigner aux futurs télétravailleurs les bases juridiques de leur nouveau statut, leur apprendre à utiliser les outils technologiques, leur expliquer les aspects économiques et pratiques du télétravail. Un des points essentiels est de former les salariés et leur encadrement au travail en équipe à distance, ce qui sera dans l’avenir un mode de fonctionnement répandu.

Pour l’avenir, le Conseil Général du Cantal, fort de ses 7 télécentres et de son réseau, a plein de projets. Ils envisagent de faciliter le télétravail aux curistes de ses stations thermales, d’ouvrir ses structures aux étrangers, particulièrement des anglais, qui souhaitent s’installer dans la région, de développer la télémédecine, d’aider à l’installation d’un centre de téléprospection, de former sa population aux logiciels libres, de promouvoir le site http://www.achat-cantal.com/ qui rassemble tous les commerçants du Cantal, et sans doute encore bien d’autres choses dans ce département qui sait saisir l’opportunité de revitalisation que lui ouvre les TIC.

Pour en savoir plus sur le télétravail en France, le rapport de M. Pierre Morel-à-l’Huissier est consultable à

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/064000819/

Posté le 2 décembre 2009
Posté le 2 décembre 2009
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Modèles d’ici et d’ailleurs : la société de l’information en ses territoires

Le guide "Technologies en Campagne" présenté à Saint-Louis du Sénégal
CRéATIF a été invité à présenter le guide n°5 « Technologies en campagne : l’accès public aux technologies de l’information et de la communication en milieu rural » dans une communication intitulée « Les expérimentations partagées. Les usages vus par CRéATIF »

Réunissant chercheurs et acteurs de terrain du Nord et du Sud (dont de nombreux membres de collectivités territoriales), ce colloque organisé du 8 au 11 juin 2009 par Philippe Vidal de l’Université du Havre et Dah Dieng de l’Université de Saint-Louis a permis de parler de tout ce qui interroge les relations entre TIC et territoires : rôle des pouvoirs publics, fracture numérique, géographie 2.0, usages innovants et projets de solidarité numérique.

On peut souligner les interventions suivantes :
- Fracture et dépendance de Gabriel Dupuy (Université Paris Sorbonne, CRIA, France)
- Le modèle africain d’accès à Internet est-il « soutenable » ? par Annie Cheneau-Loquay (Université de Bordeaux, CEAN Netsuds, France)
- Déploiement des réseaux de télécommunication et inégalités territoriales. Le cas de La Réunion par Michel Wolff-Watin (Université de La Réunion, Saint-Denis)
- Humanité ou inhumanité de la communication numérique ? par Béatrice Galinon Melenec (IDEES-CIRTAI/CDHET, Université du Havre, France)
- La mesure des situations de non usage : quelle pertinence pour les Suds ? par Annabelle Boutet (Telecom Bretagne, France)
- Le web collaboratif, une nouvelle chance pour le web public en Afrique ? par Philippe Vidal (Université du Havre, IDEES-CIRTAI, France)
- L’internet territorial ou le développement d’un "territoire public" ? par Emmanuel Eveno & Cheikh Diop (Université de Toulouse le Mirail, LISST-CIEU, France).

Le résumé de la présentation de Pierre Carrolaggi du Greta du Velay, coordinateur du Guide avec Jérôme Combaz :

"En France, si les disparités d’accès au réseau entre ruraux et urbains ne sont plus aussi contrastées qu’il y a quelques années, les disparités d’usage restent très marquées. Paradoxalement, tandis que les technologies pourraient aider à améliorer les conditions de vie, à maintenir et stimuler le développement des activités en milieu rural, elles sont encore parfois moins accessibles et surtout moins utilisées. Le réseau CRéATIF qui regroupe des militants et des promoteurs de l’accès public pour une appropriation citoyenne des technologies de l’information a souhaité repérer et faire connaître des expériences menées sur des territoires isolés et à faible densité de population, où les habitants ont dû s’organiser, imaginer et défendre des solutions innovantes. De cette démarche participative est né un cahier de partage d’expériences qui montre comment les personnes isolées peuvent tirer bénéfice, ensemble, des technologies. Il souligne le rôle de l’accès accompagné et des démarches collectives pour développer des usages qui génèrent des effets secondaires positifs pour les communes : stimuler les échanges, attirer des habitants, réaliser de nouvelles activités et contribuer au développement durable. Ces initiatives innovantes peuvent être reproduites, transférées ou suggérer des idées de développement aux habitants des territoires ruraux, d’ici et d’ailleurs."

Pour en savoir plus sur l’ensemble des participations :
Le site de la conférence, très complet, avec les présentations visibles en ligne.

Posté le 20 août 2009
Posté le 20 août 2009
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Telecentres 2.0 - Creatif day - 29th april 2009

New services ? New targeted public ? New economical model ?

English synthesis of the experiences sharing day organised by Creatif on "Telecentres 2.0"

The 29th of June 2009, more than 50 persons gathered at the University City of Paris for a day of exchanges around the situation of telecentres in France.

The aim of this day, organised by Créatif, network of networks of telecentres, was to share experiences around new services and new publics dealt with and to apprehend the emerging generation of telecentres.

After more than 10 years of « Access for All » public policies, the continuous increase of home equipment, some local councils have chose to close some telecentres, or to transform them.
Skilful users require new forms of accompaniment, whereas non users remain hard to reach, requiring a change in professional practices.

Telecentres are challenged in their missions and need to think how to evolve to provide adequate services and accompaniment.

Improvement of public services quality, sustainable development represent opportunities to tackle e-Administration issues, new forms of Public Services Relays and to certify digital skills.

New services imply new publics, not initially reached by telecentres such as very small enterprises, craftsmen, independent workers or associations.

What is at stake, regarding the receding financial commitment of the State and local councils is to find new economic models.

The day started with the General Assembly of the association, with approval of activities report and financial report and election of the board.

AG 1

In the second part of the day, facilitated by Marie-Hélène Feron, three experiences were presented.

Anne-Claire Dubreuil of the Local Council of Lot presented how Public Services Relays are implemented within telecentres.

Presentation in English

Jean Horgues-Debat of the ADRETS network showed how a multi functionnal reception points are being developed in rural zones of the Alps.

Presentation in English

Jérôme Lamache, of the Lower Normandy Digital Ressources Centre, explained how e-learning reception points are spread within telecentres on the concerned territory.

Presentation in English

These three presentations pointed out a few common issues :

- Functions, missions and qualifications of facilitators are moving fast, with real risks of contradictions and confusion between a role of mediation and a role of public services agents.

- A need to support and accompany the development of these new services, specifically towards “hard to reach” non users, whereas local authorities are highly concerned by a slow removal of existing public services.

- The need in the projects developed to clarify the relations between telecentres and publics services, either at a local level, or at a regional one.

The third part of the day was started by an opening to situations abroad.

Ian Clifford, presented UK Online in a first place, pointing out tools developed to reach “new comers” on the network.

In a second place he presented the recently born European network, Telecentre Europe.

This network intends to promote at a European level the need to recognise and accompany the role played by telecentres in the development of access to digital skills, to uses of developing services, to equal coverage of territories, etc.

Presentation in English of UKOnline

Presentation in English of Telecentre Europe

Podcasting on the Mediablog of Creatif in English (translation by Stéphanie Lucien-Brun).

Posté le 3 juin 2009
Posté le 3 juin 2009
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Le guide "Technologies en campagne, L’accès public aux TIC en milieu rural" est paru !

Depuis quelques semaines, vous découvrez sur le site de CRéATIF le contenu du dernier guide : "Technologie en campagne, L’accès public aux technologies de l’information et de la communication en milieu rural". , dont la rédaction a été coordonnée par Pierre Carrolaggi et Jérôme Combaz (GRETA du Velay).

La version papier est désormais disponible et vous pouvez passer vos commandes par mail auprès de Yannick Landais.

Précisez vos besoins en quantité et vous recevrez par retour un devis pour vos circuits administratifs.

mail à adresser à : landais [at] artesi-idf.com

RAPPEL DES CONDITIONS

1) Les commandes sont au minimum de 50 exemplaires, les guides sont vendus au prix unitaire de 4€ pour les adhérents et de 5€ pour les non adhérents (plus frais d’expédition). Ils doivent ensuite être distribués gratuitement auprès des EPN.

2) Les adhérents, à jour de leur cotisation 2009, bénéficient d’un guide ou plusieurs guides selon le niveau d’adhésion :

- a. Adhésion individuelle à 10 euros : 1 guide
- b. Adhésion collective à 100 euros : 10 guides
- c. Adhésion organisme à 1000 euros : 100 guides

3) Les frais d’expédition sont de 25€ pour 50 ex, 30€ pour 100 ex, 45€ pour 150 ex et 50€ pour 200 ex.

DISPONIBILITE DES AUTRES GUIDES

1) Tous les guides sont disponibles en ligne sur le site de CRéATIF à l’adresse suivante : http://www.creatif-public.net/rubrique17.html

2) Seul le guide « Comprendre, utiliser et promouvoir les logiciels libres » reste disponible en quantité en version papier, vous pouvez également le commander aux mêmes conditions que pour le dernier guide.

Posté le 26 mars 2009
Posté le 26 mars 2009
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L’enclavement physique et symbolique : une mise en perspective historique à partir de l’exemple du Massif Central

Pierre Cornu, Maître de conférences en histoire contemporaine - Université Blaise Pascal – Clermont 2

De manière paradoxale, la notion d’enclavement des régions de montagne renvoie certes à des réalités matérielles objectives (relief, distances, difficultés de communication…), mais ne peut être comprise que dans la dimension subjective et immatérielle de sa perception par les habitants. L’enclavement, c’est d’abord un sentiment, douloureux, qui renvoie à la conscience d’un éloignement, d’une séparation, d’une exclusion même. De fait, l’enclavement, ce ne sont pas seulement des difficultés, c’est l’idée que ces difficultés témoignent d’un abandon. Le sentiment d’enclavement est donc particulièrement insupportable dans une civilisation de la technique qui prétend chaque jour abattre de nouveaux obstacles.

Avant la révolution industrielle, le Massif central n’était pas un espace particulièrement mal desservi. La mobilité des montagnards, pluriactifs, compensait les handicaps de la « morte saison ». Ce n’est qu’avec le chemin de fer, au milieu du 19e siècle, et le déclin des emplois saisonniers, que les hautes terres sont apparues comme un espace répulsif, mal desservi.

Or, cette rupture de continuité dans le maillage du territoire a coïncidé avec le début du phénomène de la dépopulation. Il n’y a pas de lien de cause à effet entre enclavement et émigration rurale, mais la prise de conscience que les « bienfaits » de la modernité étaient distribués de manière inégale fut douloureuse pour des populations au sein desquelles les départs des « plus capables » jetaient un doute sur l’avenir. Mais plus douloureux peut-être fut le sentiment que toute innovation ne pouvait venir que de l’extérieur et de la sollicitude de l’État. De leur côté, les enfants du pays émigrés, fiers de leur intégration urbaine et de leur réussite sociale, revenaient au village la bouche pleine des merveilles de la « ville-lumière » et, paradoxalement, désiraient que rien ne change au village, écrin de leurs souvenirs.

Le siècle avançant, les hauts pays se virent à chaque fois les derniers servis : pour l’eau à domicile, l’électrification, le goudronnage, la couverture hertzienne et les moyens de déneigement. Et lorsque vinrent, attirés justement par l’enclavement et le silence, les premiers résidents secondaires et les néo-ruraux, le malentendu fut à son comble.

Pourtant, les pays de montagne ont contribué à l’invention de la modernité sociale et culturelle, et notamment à l’adaptation à la dispersion de l’habitat et aux faibles densités. Depuis deux générations, les hauts pays sont des lieux de re-création du lien social, avec une vie municipale ou intercommunale active, et des initiatives individuelles ou collectives dignes d’attention : expériences de radio (à Craponne-sur-Arzon) ou de télévision locales (Télé Millevaches en Limousin), bibliothèques en réseau (en Cévennes ardéchoise), pôles de services et d’accueil font mieux que lutter contre l’enclavement – ils le retournent en facteur de créativité sociale et culturelle.

Aussi, on aurait tort de penser la demande d’accès aux nouveaux réseaux de communication comme une attente passive de populations « attardées » et « consuméristes » : les micro-sociétés des hauts pays ne veulent pas être seulement des récepteurs finaux, mais également des émetteurs. À usage local, et vers le global. S’il y a en effet une leçon qui a été tirée de l’expérience douloureuse de l’enclavement et de la déprise*, c’est bien celle de la nécessité du lien social, de l’échange, et de l’estime de soi que procure une relation équilibrée à l’autre et à l’ailleurs. Sans complexe d’infériorité, et sans déni des réalités. Le véritable désenclavement ne réside pas dans les techniques, mais dans les esprits.

Posté le 26 mars 2009
Posté le 26 mars 2009
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